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Yoshihide Suga, élu lundi président du Parti libéral démocrate, s’apprête à devenir ce mercredi Premier ministre du Japon, succédant à Shinzo Abe.

Le septuagénaire Suga n’était initialement pas le favori pour succéder à Shinzo Abe, tant s’en faut. Il y a trois mois, quand les médias s’interrogeaient déjà sur le Premier ministre « post-Abe » sans qu’un nom s’impose d’évidence, le porte-parole Suga n’atteignait pas même 5 % d’opinions favorables. Celui qui répond rarement aux journalistes sans un «mémo » préparé par des bureaucrates se situait loin derrière l’orateur qu’est l’ex-ministre de la Défense Shigeru Ishiba, à 31 % à l’époque.

Le remplacement d’Abe aurait dû n’avoir lieu que dans un an, à l’issue de son troisième et dernier mandat à la tête du Parti libéral démocrate (PLD). Mais sa démission soudaine, en pleine crise du Covid-19 et au milieu d’un procès de proches arrêtés pour malversations électorales, a bousculé le calendrier. Dans la précipitation, Suga, l’austère de facto numéro deux du gouvernement, est apparu aux caciques de la formation comme le plus à même de poursuivre la politique d’Abe et surtout de protéger leur place. Cinq des sept factions du PLD se sont ralliées à lui comme un seul homme. Et, par mimétisme, l’opinion aussi. « Cela ne veut pas dire que le public pense qu’il est le meilleur. C’est simplement parce qu’il est mieux de soutenir celui qui va gagner », explique au Point le journaliste politique Tetsuo Jimbo. Suga a bondi à 38 % dans les dernières enquêtes en date.

Élu président du PLD ce lundi avec 377 voix sur 534, il doit en toute logique être désigné Premier ministre mercredi à l’issue d’un vote dans les deux chambres du Parlement où domine cet omnipotent parti.

Un politicien à part

Suga est à maints égards un politicien à part. Il n’appartient lui-même à aucune faction. Il n’est pas non plus le descendant d’une lignée d’hommes politiques, contrairement à Abe et à la plupart de ceux qui accèdent à la fonction suprême. « Cela ne signifie pas qu’il sera moins conservateur et plus inventif: au contraire. Le passé a montré que l’innovation était davantage venue de politiciens de père en fils. Je pense même qu’il est devenu conservateur justement parce qu’il en a plus bavé que les autres », analyse le politologue Yu Uchiyama de l’université de Tokyo. Un parcours du combattant que l’intéressé ne se prive pas de raconter

« Je suis né dans la préfecture enneigée d’Akita, fils aîné d’un cultivateur. Je suis resté dans cette région jusqu’à la fin du lycée, puis suis venu à Tokyo. En tant qu’employé d’une petite société, je me suis dit que les politiciens seuls pouvaient changer la situation, c’est pourquoi j’ai fait des études et ai commencé à travailler auprès d’élus. » Et d’ajouter : « Autant dire que je suis parti de zéro. Mon siège de député, je l’ai obtenu à l’âge de 47 ans ».

Élu à Yokohama, en banlieue de Tokyo, à un scrutin local en 1987, puis comme Parlementaire national en 1996, il a grimpé les échelons dans le parti en se faisant remarquer, non seulement comme bon tacticien lors des élections, mais aussi comme homme politique très adroit pour éliminer ceux qui ne vont pas dans le sens voulu, une méthode qu’il entend continuer d’appliquer à la tête du pays, a-t-il déjà averti.

Promu ministre des Affaires intérieures et de la Communication par Abe lors du premier passage de ce dernier au pouvoir en 2006-2007, Suga s’est fait remarquer par son combat pour faire baisser la redevance télé. Depuis, il ne cesse de dénoncer les tarifs jugés trop élevés des services mobiles dans l’archipel, au point que les actionnaires des opérateurs de télécoms ont presque paniqué dès qu’il s’est porté candidat.

Econews avec AFP