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Alors que le marché des assurances est plus que jamais libéralisé avec huit autres opérateurs privés qui opèrent avec la Sonas (Société nationale d’assurances), détenue à part entière par l’Etat, c’est le moment choisi par le Gouvernement pour secourir la Sonas en situation difficile. L’option a été levée vendredi en Conseil des ministres. Pour l’instant, l’ARCA (Autorité de régulation et de contrôle des assurances) se retient. Mais, sur le marché, des voix s’elèvent pour condamner un abus d’intérêt qui risque de torpiller le principe de concurrence inscrit dans le Code des assurances.

La Sonas est en difficulté. Après plus de 60 ans de monopole dans un marché des assurances qu’il a contrôlé de bout en bout, cette entreprise du portefeuille, transformée depuis 2008 en société commerciale, entièrement détenue par l’Etat congolais, peine à évoluer dans un marché concurrentiel où se bouscule huit autres opérateurs des assurances, légalement agréés par l’ARCA. Et les difficultés au niveau de la Sonas sont telles que l’Etat congolais, son unique actionnaire, a décidé vendredi en Conseil des ministres de lui venir en aide. C’est le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qui a inscrit le dossier au débat.

Dans sa communication, telle que rendue dans le compte rendu du Conseil des ministres, « le chef de l’Etat a été informé des difficultés de fonctionnement qu’éprou-ve la Société nationale d’assurances, Sonas en sigle, particulièrement depuis l’effecti-vité de la libéralisation du secteur d’assurances consacrée par la loi n° 15/005 du 17 mars 2015 qui a mis fin au monopole dont a bénéficié cette entreprise publique depuis sa création ».

Face à cet état de choses, le Président de la République a indiqué qu’ « il est du devoir de l’Etat-actionnaire unique de cette entreprise publique de l’accompagner, dans le strict respect du principe de la compétitivité de l’économie, en la dotant de moyens qui la rendent plus compétitive ».

Aussi, à l’initiative du chef de l’Etat, le Conseil a-t-il demandé au ministre sectoriel de « veiller, avec le concours de l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances, à l’application stricte et uniforme des tarifs de référence pour toutes les branches exploitées dans le secteur des assurances. C’est là un moyen de mettre fin à la concurrence déloyale dont serait présentement victime la Sonas ». En dernier lieu, le chef de l’Etat a demandé au ministre des Finances de « faire un rapport circonstancié quant à ce ».

Tollé dans le secteur

Dans le secteur des assurances, c’est le tollé général. Apparemment embarrassée par la position que défend le Gouvernement, l’ARCA garde encore le silence. Ce qui n’est pas le cas dans les rangs des opérateurs qui crient déjà à l’abus d’une position dominante de la Sonas qui veut s’agripper sur son actionnaire, l’Etat congolais, pour rester en vie.  « C’est le principe de la concurrence inscrit dans le Code des assurances qui est remis en cause. En procédant ainsi, l’Etat choisit son camp et pourrait à terme asphyxier les opérateurs privés », a dit à Econews un spécialiste du secteur des assurances. Un autre, analyste financier, exprime de vives inquiétudes. « Au sujet de l’accompagnement de la Sonas, nous notons avec inquiétude que les éventuelles mesures d’aide de l’Etat en faveur de la Sonas créeront forcément des distorsions de la concurrence sur le marché intérieur des assurances ».

Il pense que « l’Etat devrait rester neutre tout en poussant les différentes compagnies d’assurance à s’efforcer constamment de proposer aux consommateurs les meilleurs produits possibles au prix le plus avantageux, dans la transparence en vue d’assurer le bon fonctionnement du marché intérieur », convaincu qu’ « une concurrence véritable doit permettre aux entreprises de se mesurer les unes aux autres dans des conditions d’égalité. Il appartient à la Sonas, avantagée par son monopole historique, de faire preuve de beaucoup de créativité tant dans le portefeuille de produits d’assurances qu’elle propose à ses clients que dans le marketing qu’elle met en place pour conserver sa place de leader ».

C’est l’avis d’un autre expert du secteur qui estime que la Sonas a mis du temps pour se préparer à la concurrence. « La libéralisation du secteur financier et plus particulièrement celui des assurances a mis 10 ans pour être effective pour une seule raison : attendre que la Sonas assainisse sa gestion pour qu’elle soit prête à  affronter la concurrence dès l’ouverture du secteur. On se rend compte, après coup, que rien n’a été fait. De toute façon,  l’une des solutions durables est d’ouvrir son capital à un actionnaire de référence. Sa transformation en société commerciale, au vu du secteur des assurances qui est très concurrentiel, y trouve tout son sens ».

C’est dire que l’Etat souffle presque le chaud et le froid. Il a été le premier à promouvoir le secteur des assurances, c’est aussi le premier à torpiller ce processus. Plus que jamais, l’ouverture du capital de la Sonas passe pour la voie idéale pour sauver cette société commerciale de la dérive.

F.K.