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Avec le lancement des enquêtes par l’Inspection générale des finances, et les dossiers judiciaires ouverts au niveau du parquet de police judiciaire, on semble désormais évoluer dans un monde à part. Tout se fait à l’envers. Le travail de remise en cause des exonérations et le dossier impliquant le minier Mumi n’ont pas non plus échappé à la règle. Pourtant, en cette matière, la discrétion est la règle. En lieu et place, l’opinion nationale a plutôt «droit» aux enquêtes spectacle, par voie de la presse. Les prémisses étant faussées, il n’est pas évident que la conclusion échappe à la règle.

La force d’un audit, c’est la discrétion. Ce qui impose le devoir de réserve de la part de l’auditeur. La même logique s’applique aussi aux dossiers judiciaires dès lors que la culpabilité n’a pas encore été établie.

Qu’en est-il cependant sur le terrain ?

Après un long passage dans le désert, l’Inspection générale des finances a désormais repris du poil de la bête. Son tout nouveau chef, Jules Alingete, fait peur. Il n’est pas pour un quelconque dirigeant de sa retrouver dans ses viseurs. A côté de l’Inspection générale des finances, il y a le parquet de police judiciaire qui procède aussi à un travail de fourmi pour rétablir l’Etat là ses droits ont été bafoués. Pour le moment, les phares de l’IGF sont braqués vers la Banque centrale du Congo où sept inspecteurs des finances ont été chargés de mener des enquêtes.

Alors que celles-ci sont en cours, les premiers résultats de l’IGF ont déjà fuité dans la presse. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi un tel dysfonctionnement ? Des questions qui taraudent les esprits les plus lucides.

Revenir aux fondamentaux

Les enquêtes ne riment pas forcément avec une condamnation automatique. Faudrait-il encore que les investigations établissent les allégations mises à charge de l’entité faisant l’objet d’enquêtes. Ce qui n’est apparemment pas le cas en République démocratique du Congo.

Depuis l’éveil de l’IGF, c’est un spectacle désolant qui est au rendez-vous. Ce qui étonne plus d’uns. Car, les inspecteurs ne sont pas des amateurs dans ce domaine. Ils ont la maîtrise et l’expérience nécessaire pour sécuriser leur travail.  Il y a cependant une question : pourquoi l’IGF se livre-t-il en spectacle dans ses enquêtes ? Se serait-elle démarquée de discrétion et de réserve qui la lie ?

On ne sait pas donner une réponse exacte à cette série d’interrogations. Toujours est-il que l’IGF et la Police judiciaire ont développé une nouvelle manière de mener des enquêtes. Les conclusions ne sont plus réservées à l’autorité hiérarchique. La primeur est plutôt réservée à la rue. Pour quelle finalité ? Difficile à dire. Il est bon de revenir aux fondamentaux. La solidité d’une enquête repose sur la capacité des enquêteurs de donner un sens et un contenu à leur travail. Aussi, s’éloignent-ils des commérages et du sensationnel en se concentrant à l’essentiel, loin des bruits de la rue et des réseaux sociaux. C’est ce qu’on attend des enquêteurs de l’IGF et du parquet judiciaire.

Dossier Mumi et les sous-comptes du Trésor

Le recours à la rue dénature la pertinence de ces enquêtes. C’est le cas de la Banque centrale du Congo où bien avant la fin des enquêtes de l’IGF, le dossier Mumi (Mutanda Mining) fait déjà l’objet d’une vaste polémique, au regard des fuites organisées par l’équipe de l’IGF.

Aujourd’hui, le débat tourne autour des nombreux sous-comptes ouvert à la Banque centrale du Congo. Dans notre édition du lundi, nous avons abordé ce sujet en expliquant le mode de fonctionnement des comptes du Trésor

Les spécialistes du secteur savent que pour raison de commodité et de fluidité dans les opérations – étant donné que le compte du Trésir fait l’objet de nombreux mouvements (paie des agents, frais de fonctionnement des institutions publiques et autres) – l’Exécutif peut être amené à ouvrir des sous-comptes du Trésor pour loger des fonds destinés à un objet bien précis. Si bien que ce serait  une erreur de croire ou de faire croire à l’opinion que les sous-comptes du Trésor seraient des comptes parallèles qui échappent au contrôle du Gouvernement.

Sans remettre le travail remarquable que mènent parallèlement l’IGF et les instances judiciaires pour remettre de l’ordre dans la chose publique, il est bon de rappeler les experts au respect strict des règles de l’audit et de toute enquête pré juridictionnelle. Il se résume en deux mots : discrétion et devoir de réserve.

Passer outre ce principe universel, c’est desservir le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qui continue de croire en la pertinence de ces enquêtes. Pourvu que tout se passe dans le strict respect des normes internationalement reconnues en matière d’audit et des enquêtes judiciaires. Les enquêtes «spectacle» ne rétabliront pas l’Etat congolais dans ses droits. Bien au contraire.

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