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La fraude douanière à Kasumbalesa dans le Haut-Katanga ne date pas d’aujourd’hui. Tous les gouvernements qui se sont succédé sous les différents régimes depuis Mobutu le savaient. Mais ils n’ont pas pu éradiquer ce virus qui ronge les recettes de la DGDA, occasionnant ainsi un manque à gagner pour le Trésor public. C’est dire que l’intervention de la bande à Isaac Tshiswaka  n’a été qu’une goutte d’eau dans ce réseau maffieux connu de tous, impliquant avant les douaniers en œuvrant à ce poste-frontière.

Les recettes douanières de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) dans la province du Haut-Katanga sont passées de 4 millions de francs congolais à 20 millions par jour au niveau du poste frontalier de Kasumbalesa. Cela depuis le démantèlement, par les forces de l’ordre et de sécurité le 24 août dernier, de la ‘‘Base Bilanga’’ qui, à en croire les détracteurs du parti présidentiel, servait d’arène de la fraude douanière imputée aux seuls militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS)/Kasumbalesa dirigée par un certain Isaac Tshiswaka, actuellement en fuite.

Cet accroissement, même substantiel, des recettes est applaudi. Et, par ricochet, la restauration de l’autorité de l’État. Observateurs et analystes sont unanimes pour recommander la même rigueur sur l’ensemble des frontières de la RDC. Cela pour renflouer les caisses du Trésor public.

Chaque frontière dotée d’une banque

Entre autres recommandations, l’installation d’une institution financière dans chaque frontière où seront versées quotidiennement toutes les recettes de l’Etat provenant de la Direction générale des migrations (DGM), de la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD), de la Direction générale des impôts (DGI) ainsi que toutes les autres taxes de différents services de l’Etat. Ajouter à cela le contrôle de tous les systèmes par le serveur central depuis Kinshasa. Sans oublier de procéder à la pesée des camions de marchandises aux frontières et de verser toute somme perçue à cette institution financière ; d’acheter pour ce faire les matériels informatiques requis.

A signaler également que, tout en saluant le démantèlement de ce réseau, l’association des commerçants congolais opérant à l’étranger aimerait voir les activités de ses membres prospérer. « Nous nous frottons les mains pour dire que, maintenant, nous allons bien travailler. Ceux qui passaient par la brousse avaient leur taux. Dès qu’ils arrivent, ils vendent à leur taux. Mais, nous, on utilisait la grande porte. On déclarait toute la marchandise. Il y a eu un manque à gagner considérable. Nous devons féliciter le gouvernement pour  sa décision », a fait savoir le président de cette association, Edouard Sumaili, cité par radiookapi.net.

Erection d’un mur

Pour lui, le gouvernement congolais devrait aussi échanger avec son homologue zambien pour que les dépôts construits le long de la frontière côté Zambie soient aussi détruits. Car, selon lui, c’est par là que les marchandises sont entreposées avant d’entrer frauduleusement en RDC, passant par l’espace Bilanga.

Il convient de faire remarquer que la fraude à Kasumbalesa avait, en son temps, été dénoncée par l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi. Qui avait même préconisé la poursuite de la lutte contre cette fraude par « la construction d’un grand mur pour éviter la fraude au niveau de Bilanga ».

Et d’avoir plaidé : « Aidez-nous aussi vous, opérateurs économiques, parce que vous connaissez les fraudeurs, sinon nous allons demander à la douane d’aller vérifier dans tel ou tel autre dépôt. Il n’y a pas d’intouchables en RDC, surtout dans la province du Katanga ».

Pour sa part, un député honoraire du Sud-Kivu, avait déjà révélé en 2015 que la DGDA perdait, mensuellement, la somme de trois milliards de dollars américains dans l’ex-Katanga, citant une enquête judiciaire diligentée en 2013 avant d’être suspendue.

Il avait attribué cette situation à la corruption, entretenue, selon lui, par un vaste réseau au sein de la DGDA. Aussi avait-il plaidé pour la relance de cette enquête sur les cas de fraude au sein de cette régie financière dans l’ex-Katanga.

Et avant d’être suspendue pour des raisons inavouées, cette enquête avait permis à l’Etat congolais de recouvrer plus de 700 millions de dollars américains sur plus de 3 milliards perdus chaque mois, avait indiqué ce député honoraire.

Olivier Dioso