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Entre le chef de l’Etat Félix Tshisekedi et son partenaire de la coalition, Joseph Kabila, le ciel est plutôt nuageux. Depuis leur dernière rencontre du domaine présidentiel de la N’Sele, le courant ne passe plus. Parallèlement, dans les deux camps, des émissaires travaillent à fond pour ramener le calme dans les rangs. Entre-temps, les deux lorgnent sur un pion qui pourrait servir de fusible – à tout moment d’ailleurs. C’est curieusement vers Martin Fayulu que les deux tournent leur regard. En cette matière, des sources renseignent que Kabila a pris une longueur d’avance par rapport à Félix Tshisekedi. Pour le FCC, la carte Fayulu lui servira d’isoler le plus possible Félix Tshisekedi et amputer l’importante base de l’Udps dans la ville de Kinshasa d'alliés objectifs.

Au sein de la coalition FCC – CACH, les tensions sont vives entre les deux principaux chefs de file. Depuis leur dernier tête-à-tête du domaine présidentiel de la N’Sele, qui n’aura pas permis d’arrondir les angles de part et d’autre, les rapports se sont terriblement détériorés.

La guerre froide

Dans l’entourage du Président de la République, on minimise l’incident. « On est loin de la rupture. Ce sont juste les caprices de la coalition, une expérience inédite que nous apprenons au fur et à mesure », a fait part à Econews l’un des proches du chef de l’Etat, ayant préféré garder l’anonymat.

Les dernières nominations dans l’armée et dans la magistrature, précédée de la démission de ministre Célestin Tunda de la Justice ont jeté un froid dans les rangs du FCC. Le FCC chercherait plutôt à rebondir. Mais, de quelle manière ? Ses stratèges sont à pied d’œuvre pour trouver la bonne combinaison.

Selon des indiscrétions glanées en haut lieu du FCC, la piste Martin Fayulu est sérieusement prise en compte.

Donc, Martin Fayulu est actuellement sollicité autant par le chef de l'État Félix Tshisekedi que par son prédécesseur Joseph Kabila. Des États-Unis où il séjourne, « le président élu » déploie une intense activité politique qui se passe au téléphone, en interaction avec les deux principaux chefs de la coalition au pouvoir.

Les canaux de communication entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila sont obstrués depuis quelques temps. Les deux personnalités ne se parlent quasiment plus. Les délégués de leurs plateformes respectives ne sont pas encore parvenus à rétablir le pont qui était coupé entre eux. Chacun cherche des voies de sortie afin de s'offrir des chances de garder une emprise sur la donne politique particulièrement à Kinshasa. Martin Fayulu devient ainsi un enjeu important qu'il est préférable d'avoir avec soi ou à la limite obtenir de lui une paix des braves.

Le FCC a pris le président Félix Tshisekedi de court. Des émissaires de l'autorité morale Joseph Kabila ont déjà pris langue avec « le président élu ». Au menu des discussions : la diabolisation à outrance du chef de l'Etat, affublé de tous les noms d'oiseaux pour le discréditer auprès de Fayulu.

L'entretien se serait déroulé dans une ambiance constructive, rapporte-t-on au FCC. La plateforme kabiliste le FCC n'avait-il pas aligné l'un de ses meilleurs négociateurs, ancien diplomate ?

L'heure de vérité

Entre Fayulu et le FCC, il y a un vieux contentieux. Le discours conciliant de celui qui se considère toujours comme le vrai vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018 n'est pas destiné au FCC, mais à Félix Tshisekedi. Saisissant la balle au bond, le FCC a pris Fayulu aux mots.

« J'ai tourné la page. Mon regard est tourné vers l'avenir », a déclaré Fayulu, est une ouverture que le FCC veut rentabiliser politiquement. D'ailleurs, les grands hommes politiques sont ceux qui osent affronter l'impossible. Des proches de Martin Fayulu démentent catégoriquement l'existence d'une telle initiative.

Mais des sources FCC persistent et signent : « Le pont est jeté avec Fayulu ». Des sources diplomatiques tant de Kinshasa, Bruxelles que Washington et New-York confirment formellement ces contacts.

Dans les circonstances actuelles, en cas de négociations directes, Fayulu mettra sans l'ombre d'un doute, la question de sa victoire électorale de décembre 2018. A l'invocation de cette scabreuse affaire, tous les analystes indiquent que les discussions seront plombées. Martin Fayulu n'acceptera jamais de discuter ou de trouver des compromis avec le FCC qui lui a causé un préjudice politique sans précédent. Mais d'autres analystes soutiennent que la politique, surtout la politique congolaise, est dynamique. C'est tout dire. Le FCC n'arrêtera pas de courtiser Martin Fayulu. Des concessions les plus impensables pourraient lui être accordées pour vu qu'il adhère à l'idée de se mettre ensemble dans une alliance ou dans une paix des braves.

Étant donné les divergences au sein de Lamuka, il apparaît que Fayulu sera un acteur déterminant en 2023. L'accord, a minima, recherché vise à tempérer la contestation à Kinshasa où l'UDPS et Lamuka disposent des bases militantes actives, engagées et déterminées. Pour le FCC, une telle coalition est capable de changer le cours de l'histoire. Par anticipation, si Martin Fayulu accepte, serait-ce qu'un pacte de non-agression, une union sacrée ne serait plus possible. Le front de Kinshasa sera divisé et le FCC pourrait se mettre à l'abri d'une action populaire de sa déstabilisation irréversible par la rue.

Gros litige avec Fatshi

Félix Tshisekedi et Martin Fayulu partagent un long passé commun. Tout a basculé cependant à Genève lorsque l’opposition unie a jeté son dévolu sur Fayulu comme son candidat à la présidentielle de décembre 2018. C’est alors que Félix Tshisekedi décida de s’allier à Vital Kamerhe créant le CACH. Une option qui finira par payer, offrant à Félix Tshisekedi le trône présidentiel.

Martin Fayulu qui a longtemps revendiqué sa victoire à la présidentielle a fini par se rétracter. Il se porte, se dit-il, vers l’avenir. Mais, 2023, c’est encore loin. Sans doute, cherche-t-il aussi à s’arrimer quelque part, en attendant le prochain sprint électoral. Ce qui justifie cela.

Avec Félix Tshisekedi, le contentieux est lourd mais surmontable. Fayulu avait été le premier à trahir son frère de l'église Philadelphie. Malgré toutes les garanties qu'il lui avait données, dans le cadre des assises de Genève, il avait voté pour Freddy Matungulu. Il n'avait pas tenu parole face au fils du défunt sphinx de Limete. Par contre, il l'avait dribblé au premier round.

Au second round, c'est Félix Tshisekedi qui a raflé le gros lot en lui prenant la victoire à la présidentielle.

En acceptant depuis lors de tourner la page, il semble évident qu’il lui sera aisé de se réconcilier avec Félix Tshisekedi et d'entrevoir l'avenir avec de nouveaux objectifs.

En embuscade, Kabila espère aussi jouer sa partition, en empêchant toute union sacrée entre ces deux poids lourds qui  se partagent les millions d'habitants de Kinshasa avec Jean-Pierre Bemba. C'est factuellement justifié et les stratèges du FCC intègrent cette donne dans leurs projections.

Econews