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Invité jeudi au Pullman Grand Hôtel Kinshasa au déjeuner-conférence de la Chambre de commerce belgo-congolaise luxembourgeoise (CCBCL), le ministre des Finances, Sele Yalaghuli, a révélé le grand chantier sur lequel travaille ardemment son ministère. Il s’agit de la refonte en profondeur du système fiscal congolais pour en faire un outil d’incitation à la relance de l’économie. Le pari est relevé, mais l’argentier national ne s’avoue pas vaincu. Si le Gouvernement a réussi tant bien que mal à limiter les dégâts nés de la pandémie à Covid-19, il est d’avis que la prochaine bataille est d’arrimer l’économie congolaise sur l’orbite de la croissance. Ce qui passe par des réformes en profondeur du système fiscal. Au ministère des Finances, un Task force piloté par Lokadi Moga, ancien directeur général des impôts, travaille sur ce grand projet.

Entre les hommes d’affaires et l’Etat, il y a souvent un conflit d’intérêt. Lorsque l’Etat veut accroître les recettes par voie de prélèvement d’autorité, les hommes d’affaires cherchent à leur tour à maximiser le profit. Un antagoniste difficile à gérer. Dans le cadre d’un déjeuner-conférence organisé par la Chambre de commerce belgo-congolaise luxembourgeoise, le ministre des Finances, Sele Yalaghuli, a donné les assurances nécessaires du Gouvernement à assainir véritablement l’environnement des affaires pour aider les opérateurs économiques à exercer en toute sécurité.

Alors que la pression exercée par la pandémie à Covid-19 est en train de s’apaiser, l’argentier national a rassuré les opérateurs économiques affiliés à la CCBCL de l’accompagnement du Gouvernement. Pendant plus d’une heure, le ministre des Finances a entretenu son auditoire sur « Les mesures fiscales et parafiscales durant la période de la Covid-19 et les perspectives post Covid-19 ».

Autour d’un déjeuner, les opérateurs économiques, par le biais de l’Administrateur de Fédération des Entreprises du Congo (FEC), Kimona Bononge, ont rappelé le contexte difficile dans lequel ils ont travaillé pendant la période de l’état d’urgence sanitaire, revenant largement sur les difficultés d’application des mesures gouvernementales destinées à soutenir le monde des affaires.

Nouveau challenge

Certes, la grande tempête créée par la Covid-19 commence à diminuer d’intensité, Sele Yalaghuli pense que c’est l’occasion de s’attaquer au grand chantier qu’est la refonte en profondeur du système fiscal congolais. Sur ce point précis, la RDC accuse un grand retard par rapport à d’autres pays de l’Afrique subsaharienne.

Si la moyenne de la pression fiscale dans cette région se situe autour de 20%, la RDC se trouve au bas de l’échelle avec à peine 9%.  « C’est une situation qui doit changer », reconnaît le ministre des Finances.

Aussi s’est-il fixé le pari de gagner la grande bataille de la refonte du système fiscal national pour créer les conditions de la relance économique. Le pari est certes relevé, mais le ministre des Finances reconnaît qu’il est faisable.

Au travers de cette grande réforme, il s’agit, selon lui, de rendre plus compétitif et plus attractif la RDC aux investisseurs, d’élargir l’assiette fiscale et d’augmenter les recettes publiques, d’optimiser et simplifier les procédures. Il est aussi question de lutter contre la corruption, de réduire le coulage des recettes et la fraude et de s’assurer de l’équilibre de la cohérence globale de tout le système fiscal. Ce n’est pas un vœu pieux, promet-il. Car, depuis lors, un Task force, piloté par Lokadi Moga, ancien directeur général des impôts, travaille sur ce projet au sein du ministère des Finances.

Soutien au secteur privé

Intervenant sur l’accompagnement du secteur privé dans le contexte de la Covid-19, le ministre des Finances s’est appesanti sur la situation macro-économique du pays depuis 2014 où l’Etat a accru son intervention sur le plan économique non seulement pour accompagner les opérateurs économiques en créant des externalités positives en vue de rendre compétitive l’économie nationale, mais aussi apporter des réponses conjoncturelles appropriées pour atténuer les effets de la Covid-19 sur l’économie. Entre autres mesures prises par l’Etat congolais en rapport avec la survenance de la Covid-19, l’argentier national a fait mention de l’exonération de la TVA à l’importation et à la vente de produits pharmaceutiques, à la suspension pour trois mois de la TVA à l’importation et la vente de produits de première nécessité, à l’enlèvement d’urgence des intrants et produits pharmaceutiques, à la suspension pour trois mois de certaines missions de contrôle dans les entreprises, à la suspension pour trois mois des pénalités en cas de retard de dédouanement des produits de première nécessité, au renforcement de SYDONIA pour une meilleure prise en charge des opérations d’import-export, à la suspension pour trois mois de certaines perceptions provinciales sur les produits agricoles et à l’interdiction du déguerpissement des locataires sur la période de mars à juin 2020.

Au moment où l’Etat congolais s’active à relancer l’économie, après la vague suscitée par la pandémie à coronavirus, Sele Yalaghuli a indiqué que le Gouvernement s’emploie à renforcer la gouvernance pour préserver la stabilité du cadre macro-économique en déployant une batterie de mesures, dont le Pacte de stabilité signé avec la Banque Centrale du Congo, l’augmentation des recettes intérieures et extérieures par les caisses enregistreuses TVA, la Maison des Finances, les appuis budgétaires de la Banque Mondiale, du FMI, de la BAD et BADEA ainsi que les réformes structurelles.

Si la situation économique est globalement stable, l’argentier national reconnaît que  la plus grande réforme à mettre en œuvre est « la refonte du système fiscal » national. « Cela permettra de rendre l’économie plus compétitive avec des lois permanentes », note-t-il.

Très édifié par les assurances du ministre des Finances, le président de la CCBCL, Georges Mukuna, s’est félicité de la tenue de ce déjeuner-conférence qui a connu la participation du ministre de l’Artisanat, Petites et Moyennes Entreprises ainsi que celle de l’ambassadeur du Royaume de Belgique en RDC.

Pour rappel, la Chambre de commerce belgo-congolaise-luxembourgeoise a été créée le 20 octobre 1988 sous forme d’Asbl à l’initiative d’hommes d’affaires belges et congolaises désireux de renforcer les relations commerciales entre les opérateurs économiques belges et congolais. La Chambre a pour objet de soutenir et favoriser le développement des relations entre toute personne physique et morale de nationalité congolaise et belge, principalement dans le domaine industriel, agricole, commercial, professionnel, social, culturel, touristique et ce, en vue d’améliorer le statut de toute personne de nationalité congolaise et belge et le développement de chacun de ces pays.

La Chambre représente actuellement plus d’une centaine d’entreprises et offre de nombreux services de nature à leur faciliter l’ouverture dans le monde des affaires.

F.K.