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Il y a le chef de l’Etat Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, il y a une guerre des tranchées qui ne dit pas son nom. En visite de courtoisie mercredi chez l’ancien président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, Joseph Kabila a révélé de façon sibylline sa vraie identité. Dans son entourage, on s’exerce déjà au décompte final du mandat Tshisekedi. Plus que 40 mois, selon Kabila, lui resterait à la tête de la RDC. Alors, Kabila se prépare pour le prochain sprint électoral de 2023. Sur ce point précis, Kabila fait dans les détails. En réalité, la bataille pour la victoire en 2023 se joue autour de la Céni et de la Cour constitutionnelle. Ce sont les derniers bastions pour s’assurer d’une victoire en 2023. Entre Tshisekedi et Kabila, la bataille sera rude pour en avoir le contrôle.

Les dernières batailles auront comme scène la Commission électorale nationale indépendante et la Cour constitutionnelle.

« A malin, malin et demi », Félix Tshisekedi a fait distraire ses partenaires sur la Céni,  mais il a pris soin de se mettre en bonne position sur l’appareil judiciaire. Ils se sont rendus compte en retard de l’avance pris par le chef de l’Etat. Les deux présidents des chambres ont sollicité une audience auprès du Président de la République, Félix Tshisekedi.

Dans leurs têtes, c’était l’occasion de boucler le piège sur la prestation de serment de trois juges à la Cour constitutionnelle.

Le FCC s’est en effet rendu compte que le contrôle de la Cour constitutionnelle est en train de leur échapper au profit d’une plus large indépendante de cette haute institution judiciaire.              Habitué à des mots d’ordre et des consignes, le FCC ne voit pas autrement comment conserver le pouvoir à tous les niveaux sans un coup de main d’une Cour constitutionnelle sous sa coupe.

Au FCC, on a compris en retard que Félix Tshisekedi avait opté pour une stratégie consistant à donner au FCC la grande illusion de tout contrôler alors que l’estocade en préparation viendra mettre fin à la récréation. Une stratégie de haut vol qui semble avoir porté des résultats appréciables.

Ayant peiné et échoué dans le renouvellement du bureau de la Céni, le FCC connaît le sort qui l’attend. Il va devenir quasiment impossible de tricher ou de tripatouiller des résultats électoraux d’autant plus que ces pratiques n’auront plus libre cours dans le pays.

La fuite en avant aux allures de piège tendue a fait flop. Le communiqué laconique du désespoir non signé mais posté sur le compte officiel de l’Assemblée nationale n’a pu désorienter une opinion publique vigilante et alerte.

Désormais, la tricherie qui pourrait sortir de la manipulation issue d’une commission électorale nationale indépendante infiltrée et aux ordres, ne passera pas à la Cour constitutionnelle.

En amont et en aval du processus électoral sera une Cour réellement indépendante du FCC et de toutes les autres forces politiques.

Déboulonner en douceur

Félix Tshisekedi tient parole. Il avait promis de «Déboulonner» le système qui l’avait précédé. Il n’y a pas mieux que de le faire en douceur sans casse. Le chef  de l’Etat, comme le roseau, a fait profil bas puis désormais, il ne cache plus son intention d’en découdre avec le FCC. L’occasion lui est offerte. Visiblement, il ne compte pas lâcher du lest parce qu’il perdre tout ce qu’il a de précieux : son image de chef qui sait ce qu’il fait.

L’ultime combat a commencé. Plusieurs fois reportée, cette guerre frontale était inévitable entre le FCC et le CACH. Celui qui prendra le contrôle de l’une des bastions, est assuré de conserver allègrement la direction du pays pour plusieurs années encore.

La Céni ? Oui, reste un élément essentiel du dispositif de contrôle du pouvoir. Reste que la Cour constitutionnelle et la justice en général auront le dernier mot dans la marche du pays. C’est elle, la justice, qui décidera en dernier ressort sur ce qui convient ou pas pour la démocratie congolaise.

Jeu à somme nulle

A tout prendre, la coalition sera bien obligée de se faire de concession. Au FCC, on n’est pas prêt à laisser échapper le contrôle de ces deux importants maillons du jeu électoral congolais.

Les trois précédents cycles électoraux de 2006, 2011 et 2018 ont nettement prouvé qu’avoir le contrôle autant de la Céni que de la Cour constitutionnelle, c’est autrement multiplier ses chances pour aligner, non seulement le plus grand nombre de députés nationaux, mais aussi se voir ouvrir grandement la porte de la présidentielle. Tshisekedi le sait, mais Kabila n’a pas encore dit son dernier mot.

Si bien qu’au finish, on s’attaque à ce que le contrôle de la Céni et de la Cour constitutionnelle se règle par la voie du troc. Soit Tshisekedi s’adjuge La Cour constitutionnelle – ce qui est déjà le cas – en concédant cependant la Céni à son partenaire du FCC, en l’occurrence Joseph Kabila. On s’attend donc à d’aprês négociations sur ce point précis

On sait d’ores et déjà que le FCC n’est pas disposé à reculer dans la désignation de Ronsard Malonda à la présidence de la Céni. Le gel de ces derniers jours n’est juste que le fait de tractations au sein de la coalition.

Quant aux deux anciens juges constitutionnels, à savoir Ubulu et Kilomba, permutés vers la Cour de cassation, leur sort est plus que jamais scellé. S’étant publiquement opposés au Président de la République, ils ont volontairement mis une croix à leur riche carrière.

Une ordonnance présidentielle devait déjà formaliser leur révocation de la magistrature. Tshisekedi a donc franchi la ligne rouge. La magistrature est désormais à sa portée.

En tout cas, après s’être assuré le contrôle de la Cour constitutionnelle, il n’est pas certain que le FCC cède une fois encore la direction de la Céni au camp de Félix Tshisekedi.

Ça sera une belle manière de se faire hara ikiri et mettre définitivement une croix à une quelconque victoire aux élections de 2023, jure l’entourage de Kabila.

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