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Le dossier Minembwe s’est déporté à l’Assemblée nationale. Après un débat houleux lundi, les députés nationaux ont levé l’option d’interpeller le ministre d’Etat de la Décentralisation pour recevoir des explications claires et précises sur ce qui se passe à Minembwe, déclarée depuis lors commune rurale dans la province du Sud-Kivu.

Azarias Ruberwa, ministre d’Etat de la Décentralisation et Réformes institutionnelles, ne vas échapper aux griffes de l’Assemblée nationale. Lundi à la chambre basse du Parlement, les députés nationaux ont donné leur feu vert pour son interpellation sur le dossier Minembwe. L’installation de nouvelles autorités de Minembwe a soulevé un tollé général dans la classe politique. Enfin, l’Assemblée nationale a décidé de se saisir du dossier.

Après débat et délibération, la plénière de l’Assemblée nationale a approuvé l’objet et l’opportunité d’interpeller le ministre d’Etat en charge de la Décentralisation. L’heure de la vérité a donc sonné pour en savoir un peu plus sur ce qui se trame sur les hauts plateaux de la province du Sud-Kivu. Conformément à la Constitution, ce membre du gouvernement sera invité à s’expliquer sur l’installation de Minembwe en commune rurale.

       L’opposition parlementaire qui a fait bloc autour de cette question a fini par obtenir gain de cause. Les langues se sont déliés dans les rangs de l’opposition et des mouvements citoyens pour exiger la démission du ministre d’Etat de la Décentralisation, accusé d’installer de manière cavalière le bourgmestre de Minembwe.

Dans une sortie médiatique, Ruberwa a rejeté toutes les accusations portées contre lui. Selon lui, le bourgmestre de Minembwe est en fonction depuis deux ans.

Dans ce dossier, le Président de la République n’est pas resté indifférent à la pression populaire, en décidant depuis Goma, dans la Nord-Kivu, de suspendre l’installation de nouvelles autorités de Minembwe. Il a promis de mettre en place une commission d’experts indépendants composée de non originaires du Sud-Kivu pour tirer au clair cette affaire.

En attendant les conclusions de cette commission, c’est devant l’Assemblée nationale qu’Azarias Ruberwa devra s’expliquer, en tant patron de la décentralisation, sur les contours exacts de cette affaire. Le peuple, en état d’alerte maximale, n’attend plus que ce moment pour comprendre enfin ce qui se trame autour de ce Minembwe que certains assimilent déjà à un élément du puzzle du plan de la balkanisation de la RDC.

Les sept erreurs d’Azarias Ruberwa

Le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, vient de surseoir l’installation du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe. L’annonce de cette décision a été faite à Goma au cours d’un point de presse tenu à Goma.  Loin des débats juridiques, cette décision politique tient compte du principe qui veut que le salut du peuple prime avant toutes les lois en vigueur. En tant que garant de la Nation, c’est indiscutable.

Ainsi donc l’on constate que pour le problème sus-évoqué, le ministre de la Décentralisation, Azarias Ruberwa a commis sept erreurs dans sa démarche :

  1. Oublier qu’il est Congolais avec tous les droits. Le chef de l’Etat l’ayant affirmé, haut et fort, à Londres : « Les Banyamulenge sont des congolais ». A ce titre Azarias Ruberwa peut habiter partout où il désire sur le territoire national. Il peut construire à Lukula, Kolwezi, Lodja ou Gemena. Personne ne peut lui refuser ce droit. Pourquoi ce fixisme sur Minembwe ? En plus il a déjà été vice-président, plusieurs fois ministre, candidat président de la République, et comme avocat, il plaide pour des compatriotes et est membre du barreau de Lubumbashi où il a étudié le Droit en obtenant son diplôme aux côtés de ses collègues étudiants.
  2. Sa témérité à être ministre de la Décentralisation alors qu’il a plusieurs compétences. Celles-ci peuvent lui permettre d’occuper n’importe quel ministère. Il se bat à chaque remaniement d’occuper ce portefeuille. L’on comprend maintenant que la fin justifie les moyens. Et pourtant, il y a des problèmes entre des communautés dans d’autres parties de la Rdc, on peut citer les tensions récurrentes entre les pygmées et les bantous à Lualaba, les Lulua et Kuba au Kassai. Il devrait s’en occuper aussi au lieu de se concentrer sur Minembwe. Demeurer dans cette posture est suspect.
  3. Il fait semblant de ne pas réaliser que dans son politique, le FCC, il y a une division remarquable. Ceux de Fizi comme Bitakwira et Nehemie Mwilanya ne partagent pas son approche. Il eût fallu d’abord obtenir l’unanimité au sein du FCC avant de chercher de convaincre l’opinion nationale.
  4. Le fait d’avoir détourné une mission officielle pour «installer « un bourgmestre est inacceptable. Et pire, profiter de la présence du ministre de la Défense, de l’ambassadeur américain, des généraux et quelques députés nationaux, en pleine caravane de paix, ne peut être un hasard. Seul Azarias Ruberwa savait ce qu’il faisait. Une caravane qualifiée de paix qui se termine par Minembwe paraît stupide et surréaliste. L’installation du bourgmestre ou du maire se transforme en caravane de provocation contre les autres tribus des Hauts-Plateaux, les Babembe, les Bafuliro et autres présentes dans le Fizi. Pour un responsable de son rang cela pourrait être assimilé à une haute trahison.
  5. Maîtrisant la délicatesse de la question, il aurait mieux fait d’en informer le chef de L’État ou encore moins le premier ministre, sans oublier l’assemblée provinciale du Sud-Kivu. Probablement, il allait changer d’avis d’autant plus que ce dossier a toujours été une bombe à retardement capable d’embraser cette partie du Sud-Kivu, véritable volcan en attente de l’étincelle pour larguer ses laves en entrant en éruption. Pourquoi avoir pris ce risque seul, cela veut dire simplement que pour Ruberwa les intérêts de Minembwe passent avant ceux de toute la République.

Son choix de la victimisation est une voie incendiaire et suicidaire. Pendant que le Président de la République déploie des efforts pour ramener la paix dans l’Est du pays, Ruberwa tient à créer un autre foyer de tension. Pour qui roule t-il ? Difficile de répondre à sa place. Il est l’unique personne à connaître les vraies motivations. Aujourd’hui plus qu’hier tous les Congolais sont unanimes, toutes les tribus sont minoritaires en ex-Zaïre. Le fait d’avoir obtenu la nationalité ne veut pas dire obtenir une terre. Dans tous les coins de la RDC, le problème de terre constitue un nœud gordien dont la solution est la paix des braves.

  1. Azarias Ruberwa a loupé une bonne occasion de se taire. Il doit laisser à la commission des experts, annoncée par le garant de la nation, accomplir son cahier des charges. Minembwe n’est pas le seul Territoire Rural à créer. Il en existe plus des 300. Le ministre de la Décentralisation n’est pas qualifié pour résoudre ce problème. Il est d’ores et déjà juge et partie. En tant que juriste, il comprend bien ce que cela signifie. À ce niveau, disons en résumé : «Azarias Ruberwa ne réveille-t-il pas le chat qui dort».

CP