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« Si des mesures courageuses ne sont pas prises maintenant, on va se retrouver dans une situation difficile à gérer ».

Après des années de croissance amorcée depuis 2001, consolidée entre 2010 et 2016, la RDC risque de renouer avec le cycle d’appauvrissement et d’une crise économique majeure accentués par les effets pervers de Covid-19. Rien d’autre ne peut arrêter ce cycle négatif. Champion de la bonne tenue du cadrage macroéconomique, le Premier ministre honoraire Matata Ponyo invite à une bonne tenue des Finances publiques. « L’heure est grave, alerte-t-il. Nous devons serrer la ceinture par un arbitrage rationnel de nos dépenses, les recettes se faisant de plus en plus rares ». Cet homme, qui a une envergure présidentielle avérée, sait ce qu’il faut pour limiter les dégâts. Il appelle à une cohérence gouvernementale pour coordonner les actions. Un sujet qui enflamme les esprits. Convaincu que l’économie nationale traverse une « tempête orageuse », Matata indique la voie à suivre : « Si des mesures courageuses ne sont pas prises maintenant, on va se retrouver dans une situation difficile à gérer ».

Le Gouvernement peut beau se targuer de la situation économique qui serait encore, selon lui, sous contrôle, avec « le maintien de la stabilité sur le marchés des changes avec une très légère dépréciation autour du franc congolais autour de 0,4 à 0,6 % du fait de la rentrée scolaire », le Premier ministre honoraire Matata Ponyo Mapon est d’un autre avis.

En marge de la présentation du 4ème numéro du Bulletin quadrimestriel de son Think tank, Congo Challenge, Matata Ponyo a dressé un tableau sombre de la situation économique de la République démocratique du Congo. Il est convaincu d’une chose : « L’économie nationale va très mal ». Tous les signaux sont sur le point de virer au rouge.

Un consensus politique s’impose

Si la Banque centrale du Congo projette un taux de croissance négatif de 2,4% en 2020, avec possibilité de renouer avec une croissance positive à partir de 2021, Congo Challenge voit les choses autrement. « Une projection d’un taux de croissance positif à partir de 2021 apparaît peu réaliste. A ce sujet, il serait indispensable que le cadre d’analyse prenne en compte la problématique des finances publiques ainsi que les questions politiques en RDC ».

Mais, pour l’année 2020, Matata note que « nous sommes déjà au rendez-vous avec la récession ». Autrement dit, l’heure est grave, renchérit-il.

Le budget 2020 ayant été surestimé, Matata rappelle qu’il sera difficile que les recettes prévues en 2020 n’atteignent 4 mds Usd, soit moins de la moitié des prévisions d’environ 11 milliards Usd arrêtés dans le budget 2020.

Alors que le navire tangue, avec toute le risque d’un naufrage, Matata appelle les dirigeants congolais à se ressaisir par un net arbitrage des dépenses, alors que les recettes de l’Etat se font de plus en plus rares et évoluent en dents de scie dans un cycle tout à fait aléatoire.

L’ancien Premier ministre ne cache pas ses inquiétudes : « Les dépenses n’ont pas été ajustées à temps. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation extrêmement difficile. La stabilité que vous voyez sur le taux de change est factice par le fait de l’accumulation des arriérés qui conduit à la baisse de la demande globale. Il y a une stabilité qui ne répond pas à l’éthique économique. La stabilité ne se décrète pas, elle se constate ».

Plus pragmatique, il est d’avis qu’ « on entre dans un cercle vicieux économique. L’impact est cruel sur les réserves de change qui a atteint un niveau le plus bas jamais réalisé, soit près de 700 millions Usd, malgré l’appui budgétaire du FMI ».

Pour toutes ces raisons, il est d’avis que « l’économie congolaise traverse une tempête orageuse ».

Selon lui, la voie de sortie passe encore une fois par une mobilisation accrue des recettes et une nette compression des dépenses.

« Avec une pression fiscale de 8% en 2020 contre 14% en 2014, c’est la preuve qu’il y a de fuite. Il faut mettre en place une ingénierie de la machine de mobilisation des recettes. Il faut réduire le train de vie de l’Etat. Dès que les recettes baissent, les dépenses doivent baisser. C’est une évidence économique ».

Serrer la ceinture

Fin connaisseur des couloirs du pouvoir, Matata propose à ce que toutes les institutions s’ajustent aussi en termes des dépenses en les réduisant sensiblement. Ce qui n’est pas le cas malheureusement. Des indiscrétions rapportent que des fortes pressions sont exercées sur le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale du Congo par toutes les institutions politiques (Présidence de la République, Gouvernement, Parlement, Cours et tribunaux) pour des encours évaluées à des centaines de milliards de francs congolais bloqués à la BCC.

« Tous veulent être payés sans se soucier de la situation difficile des finances publiques et des dégâts collatéraux sur la stabilité du cadre macro-économique. On va droit au mur. Avec ça, il faut déjà oublier un programme avec le FMI. Or, si on n’a pas un programme forme avec le FMI, les appuis budgétaires ne viendront pas non jamais », a confié à Econews une source interne de la Banque centrale du Congo.

Quant à Matata, il n’y a pas de potion que de réduire sensiblement les dépenses publiques.

« L’accumulation des encours à la Banque centrale est une bombe à retardement. Elle alimente la dette publique et comprime la demande globale. L’Etat doit réduire son train de vie. C’est le prix à payer », martèle-t-il. Et de prévenir : « Si des mesures courageuses ne sont prises maintenant, on va se retrouver dans une situation difficile à gérer. A des situations exceptionnelles, des mesures exceptionnelles ».

Econews