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Dans une vidéo, le ministre d’Etat de la Décentralisation et Réforme institutionnelles, Azarias Ruberwa, s’est justifié en déclarant que l’installation du bourgmestre de Minembwe, comme commune rurale dans la province du Sud-Kivu, était discuté en Conseil des ministres. Il n’indique pas si s’était sous Kabila ou sous Félix Tshisekedi. Mais, le fait d’avoir évoqué une mission de sécurité laisse penser qu’il s’agit d’événements récents.

La ligne de défense

Dans sa ligne de défense, Azarias Ruberwa note que « la décision a été prise au Conseil des ministres pour que nous allons à deux, avec le ministre de la Défense, une grande délégation, plutôt pour des raisons de sécurité et de paix ». La main sur le cœur, il jure que « jamais dans l’ordre de mission et jamais dans les faits, je n’y installé le bourgmestre ».

Quand on l’accuse de jouer un double jeu derrière ce qui se passe à Minembwe, Ruberwa rétorque : « On me l’a attribué de façon extrêmement abusive et mensongère. Nous sommes à Minembwe avec le ministre de la Défense, le chef de l’armée et bien d’autres officiers et dix députés nationaux, le gouverneur du Sud-Kivu et le ministre provincial de l’Intérieur. Nous tenons des réunions sur le plan de la sécurité, le bourgmestre de Minembwe fonctionne comme bourgmestre depuis environ deux ans. Normalement, il a été notifié par le gouverneur après sa nomination en mai ».

Dans l’installation de nouvelles autorités de la commune rurale de Minembwe, Ruberwa pointe du doigt les autorités provinciales du Sud-Kivu. « Au cours de ce séjour, la Société civile, la population et des officiers ont posé une question: pourquoi on a installé le maire de la ville d’Uvira, Baraka et Kamituga, mais que le bourgmestre de Minembwe notifié au moment n’était toujours pas installé, une formalité administrative qui n’a pas une grande importance même dans la loi, c’est plutôt psychologique (…). Le gouverneur et le ministre provincial leur ont donné raison. Cela n’empêche pas au bourgmestre de commettre des actes officiels et administratifs. Parce que vous l’avez demandé, nous n’avons pas besoin de rentrer à Bukavu pour revenir pour ça. Nous le ferons le matin. Le ministre provinciale de l’intérieur a agi devant le gouverneur ».

Embarras

Azarias Ruberwa a donc embarrassé ses pairs du Gouvernement. Cet embarras ira jusqu’au chef de l’Etat qui avait invité ses ministres à la retenue sur la question de Minembwe.

Défenseur acharné de sa communauté ethnique - ce qui est légitime - le ministre Ruberwa, comme acteur politique, doit tout faire pour laisser des traces auprès des siens. Personne ne peut le lui interdire. Par contre, le respect des procédures en la matière est un élément essentiel étant donné sa position institutionnelle de ministre de la République. Il doit loyauté à la nation entière et non à sa communauté.

Pour Me Ruberwa, en faisant sa sortie de justification, sa personne passe en premier. Se taire équivaudrait à une capitulation qui ne passe pas. Se taire aurait donc été fatal pour sa mission comme ministre du Gouvernement central mais au service de sa communauté, regrette un acteur de la société civile.

Dans ce dossier, le chef de l’Etat a opté pour une approche globale. La mise en place d’une commission scientifique composée de non-originaires pourra baliser la voie même pour le prochain recensement de la population congolaise qui sera suivie de la grande équation de l’identification des Congolais.

Avec la dimension qu’a finalement pris le dossier Minembwe, c’est tout le processus de la décentralisation, lancé depuis Matata Ponyo en 2013, qui devra être révisité. Minembwe ne peut être considéré comme un cas isolé. Il fait partie d’un tout. Le détacher de l’ensemble du processus, ça sera une façon de mettre la charrue devant le bœuf en déshabillant Sant Paul pour habiller Saint Paul.

Avec sa mosaïque d’ethnies, Minembwe ne devrait donc pas faire exception. Ce qui pourrait envenimer les tensions, très visibles sur l’ensemble du territoire national. En RDC, toutes les tribus et ethnies se valent.

D’ores et déjà, le chef de l’Etat a pris une voie de la sagesse en décidant de confier le dossier Minembwe à une commission d’experts non originaires de la province du Sud-Kivu. C’est dire que la situation de Minembwe n’est pas définitivement close. Ce n’est pas non plus un dossier classé. La décision du chef de l’Etat sera donc dictée par les directives qui sortiront de cette commission d’experts.

Hugo T.