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Les massacres des populations civiles dans le territoire de Beni continuent avec une violence inouïe. Les commentaires y vont dans tous les sens. Une analyse géopolitique des conflits récurrents commande de prendre en compte tous les paramètres en y incluant les saisons (temps et l'espace) pour une lecture plus ou moins correcte de la situation. Force est de constater que c'est pendant la saison de récolte des produits agricoles industriels d'exportation (dont le cacao) que les tueries d'une rare violence sont commises avec plus d'ampleur sur les populations civiles sans défense. Ainsi la lecture des tueries nous amène à ceci :

- Pendant la période de culture et toute la période de désherbage des champs, il s'observe une certaine accalmie. Les cultivateurs regagnent leurs champs et y élisent domicile sans être inquiétés. Ils y cultivent et y consacrent tous les soins pour une meilleure récolte de cacao.

- Lorsqu'on approche la saison de récolte qui correspond avec le début du mois de septembre, les tueries reprennent avec une bestialité insupportable. Ces tueries durent généralement quatre mois (septembre, octobre, novembre et décembre) avec une baisse observée fin décembre.

L'explication est simple. Pendant la période des champs, les ADF et leurs acolytes laissent les cultivateurs travailler librement en les rassurant de leur protection. Certains ADF sillonnent même les champs pour « sécuriser » les cultivateurs. Or, ces visites servent au recensement des champs. Ce sont des visites de routine de renseignement sur l'emplacement des champs. À l'arrivée de la saison de récolte, les attaques contre les cultivateurs se multiplient. D'abord elles visent ceux qui vont dans leurs champs, ensuite vient le tour de ceux qui habitent la périphérie des champs. Enfin, les attaques sont dirigées dans les agglomérations. Les attaques des agglomérations répondent de ce que l'on nomme dans la guerre asymétrique « opération de déception ». Elle comprend dissimulation, diversion et intoxication. Les ADF et Cie poursuivent un double objectif, à savoir éloigner les cultivateurs de leurs champs par la peur de se faire tuer (une peur réelle puisqu'ils sont effectivement tués) et récolter le cacao pour le revendre à leur compte. Malheureux est celui qui combat victorieusement sans penser aux butins de guerre, rappelle Sun Tzu.

Ainsi donc les massacres des populations se déroulent dans les zones à forte concentration des champs de cacao. Les ADF/MTM sont actifs dans le bassin de production du acaco : Mughalika/Mwalika (dans le Bashu), l'axe Mbau-Kamango, Kokola-Maymoya, Mamove, Halungupa dans le Ruwenzori, Kainama et l'axe Mangina-Biakato fontière Beni-Mambasa. On observe une « paix » de cimetière vers Bovota dans les groupements Bahumu et Bwisa ( Kikingi, Ndama, Kisegeta) où ils ont leurs propres champs.

D'où cette question simple mais qui pourrait énerver certaines consciences : « Le cacao soulage-t-il ou augmente-il la souffrance des populations civiles dans les zones où il est cultivé ? »

A cette question surgit une autre : «  La Banque Centrale du Congo contrôle-t-elle le flux monétaire en circulation dans cette zone « rouge » mais prospère ? » « Par quelles portes officielles sort le cacao produit dans le territoire de Beni ? »

On pourra à l'envi poser d'autres questions et, des réponses qui viendraient, chacun pourra tirer les conclusions qui lui conviennent.

Les conséquences de la fraude du cacao du Ruwenzori

Lorsqu'on interroge l'ONAPAC (ex-ONC), on en sort enrhumé. Les actions agronomiques qui devraient être analysées au niveau du laboratoire de l’ONC ne sont pas effectuées, pire sabotées. Ce qui a pour conséquence :

  1. Le manque de suivi de traçabilité à tous les stades de la production, de la récolte, de la transformation, du transport, du stockage, du conditionnement, de l’expédition, du travail des enfants, sur l’impact environnemental, etc.
  2. La fraude documentaire. Les 20 % du cacao de Beni sorte sous la qualité « cacao conventionnel » qui n’en est pas une et qui ne se retrouve pas dans la Mercuriale. Cela favorise la fraude parce qu’on applique n’importe quel prix, et constitue un manque à gagner pour le pays.
  3. Marquage conventionnel : les produits agricoles exportés ne respectent pas les instructions de marquage conventionnel destiné aux pays producteurs pour une réexportation. Conséquence, les statistiques de la RDC sont faussées et/ou inexistantes. Les 80 % du cacao congolais produit dans une zone en sang restent inconnus sur les marchés internationaux.

Quelle est la valeur réelle des conflits de l'est ?

En effet, les spécialistes du brassage de l'argent sale sont formels : «  La valeur réelle d'un conflit réside dans la maîtrise de la dette que ce conflit génère à travers la vente des armes légères et de petit calibre dont les banques se portent comme intermédiaires ». Le thermomètre du financement illicite des conflits notamment à l'est de la RD Congo se mesure dans la création des groupes armés, de la publicité dans les médias internationaux autour des seigneurs de guerre et des fonds alloués sans cesse aux « experts et/ou chercheurs  occidentaux » qui sillonnent la région mais également à la diabolisation des forces loyalistes dans leur incapacité à vaincre les groupes armés. Les experts et autres chercheurs spécialistes du pays commencent d'abord par étudier les structures du pouvoir politique et de l'armée loyaliste. Dans ce genre de business, ils utilisent les ONG locales et les médias occidentaux pour vilipender à longueur de journées les forces loyalistes. Comme dit un adage de ce milieu de la mafia organisée : «  Dans une jungle, quand le lion tue, c'est le chacal qui en profite ».

Il est important de savoir que chaque société multinationale a grandement besoin de banques pour opérer dans les zones grises ou noires (zones à conflits où la faillite de l’État profite à des seigneurs de guerre). Les paradis fiscaux et leurs banques participent régulièrement dans l'appui  des multinationales prédatrices.

Pour mettre fin aux conflits récurrents à l'est de la RD Congo, il ne suffit pas de faire des cartographies de groupes armés ni de vilipender à longueur de journées le gouvernement empêtré dans bien des problèmes dont la corruption, le clientélisme et l'absence de vision, il suffit simplement de partir du point de départ. En effet, le point de départ des conflits réside dans l'industrie de l'armement. L'on sait qu'avec la chute du mur de Berlin (fin de la guerre froide), ce qui était l'URSS est devenu un grand pourvoyeur des armes légères et de petit calibre dont la fameuse kalachnikov (AK 47). L'Ukraine et la Chine sont présentées comme étant le grand marché de ces armes. Les experts et autres chercheurs qui débarquent en RD Congo ne font que rarement allusion aux pays occidentaux fabricants des armes.

Bien plus, fabriquer les armes ne suffit pas, il faut les commercialiser, les trafiquer. Tout autour, un métier rentable, générateur des devises s'est créé avec des moyens sophistiqués : sous traitants, courtiers, livreurs, sociétés militaires privées (SMP) appelées proprement « sociétés de gardiennage ». Les multinationales viennent à leur secours comme des maraudeurs pour en tirer profit. Dans chaque coin de rue de nos villes, les sociétés militaires privés exhibent musculature, chiens bergers et moyens logistiques. Dans ce monde-là, la fidélité est le maître mot. Car, l'intérêt mutuel n'a rien à voir avec la confiance. L'idée de la justice est une illusion dès lors que tout le monde y est impliqué.

L'économie criminelle

Contrairement à l'idée fort répandue, la guerre attire les investisseurs. En tout cas, il existe une forte corrélation entre les ressources naturelles et la guerre notamment dans le cas de la RDC. L'entreprise et la  prise de risques sont substantielles. Notre pays est plus attrayant quand il est en insécurité. A l'est, tout l monde s'habitue à vivre grâce, par ou à cause de l'économie criminelle. Et les investisseurs accordent un intérêt particulier à notre pays. De ce fait, les vendeurs d'illusion nous bercent avec des programmes de sortie de crises, avec des dialogues inter communautaires dans des communautés où pour se protéger, on a conseillé à chacune de lever un ou deux groupes armés sachant que leurs survies dépendent des morts de chez nous, de notre misère et de notre incapacité à  nous questionner, de cette peur -là de connaître la vérité autour de nous.

Dans l'entre-temps, le spectacle de gros cylindrés dans les rues, des immeubles qui poussent derrière le sang des populations aux côtés des déplacés et des réfugiés a cessé d'émouvoir. La guerre, tout en étant un crime comme le déclare Jean-Baptiste Malenge, reste un gros business. Le cacao de Beni y participe-t-il ?

Nicaise Kibel'Bel Oka

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