Kinshasa, Lubumbashi, Kananga, Mbuji-Mayi, Kisangani, Goma et Beni, … ont bougé jeudi, à l’appel de l’Udps, le parti présidentiel, de manifester contre l’entérinement de Ronsard Malonda à la présidence de la Céni.  Malgré l’interdiction formelle du Gouvernement, en cette période d’état d’urgence, le peuple, débout, a bravé la menace de Covid-19, pour marquer son opposition à l’option levée récemment par l’Assemblée nationale. L’Udps, qui déplore trois morts, a mis à prix la tête du VPM de l’Intérieur, Gilbert Kankonde, sorti curieusement de ses rangs.

Entre le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité, Gilbert Kankonde, c’est déjà le divorce. La mort jeudi de trois combattants, au cours des marches organisées pour protester contre le choix de Ronsard Malonda, a été mal digéré par la direction du parti. L’Udps rend directement responsable le patron de l’Intérieur, par ailleurs estampillé Udps.

« Comme ils sont en train de tirer (sur les combattants qui manifestaient ce jeudi contre Ronsard Malonda à la tête de la CENI et contre les propositions de lois Minaku-Sakata sur la réforme de la Justice), nous allons réclamer le départ du vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur, puisqu'il vient de l'UDPS », a déclaré Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Udps.

A la suite de la mort de ces trois combattants, l’Udps a promis un « message fort » qu’il devait divulguer depuis sa permanence de Limete.

Débout, le peuple a dit non !

Les menaces du Gouvernement n’ont pas eu raison de la détermination de l’Udps, le parti présidentiel, de manifester sa désapprobation par l’entérinement de manière cavalière de Ronsard Malonda à la présidence de la Céni (Commission électorale nationale indépendante). Jeudi, toutes les grandes villes de la République démocratique du Congo étaient en ébullition.

La veille de la marche, soit le mercredi 8 juillet, le VPM de l’Intérieur, avait prévenu, à l'issue d'une réunion à la Primature avec le Premier ministre, qu'il était « formellement interdit d'organiser les marches publiques sur toute l'étendue du territoire national », instruisant à l’occasion la Police « de sécuriser les personnes et leurs biens ».

A l’appel de l’Udps, le peuple, spécifiquement la population jeune, a pris d’assaut les grandes artères des villes pour dire non au choix de Malonda. En tout cas, le message est passé. Les soutiens de Malonda doivent revoir leur calcul. Car, sur leur chemin, le peuple est bien déterminé à leur barrer la route.

Mobilisation tous azimuts

A Kinshasa, des milliers de manifestants ont été dispersés, alors qu’ils ont atteindre le périmètre hautement sécurisé du palais du Peuple, le siège du Parlement. C’est à coup des gaz lacrymogènes que la police a réussi à protéger l’inviolabilité du siège du Parlement. Malgré l’important dispositif policier, les manifestants sont parvenus tout de même à dompter les plus grandes artères de la ville de Kinshasa.

A Lubumbashi, capitale économique de la RDC, l’appel a été bien suivi. Le centre des affaires de la ville cuprifère n’a pas résisté à la tempête. A certains endroits, rapportent certains medias, des policiers et des militaires ont fait usage des balles réelles et des gaz lacrymogène pour étouffer les manifestations.

Au centre, dans les provinces démembrées du Grand Kasaï, particulièrement à Kananga et Mbuji-Mayi, considéré comme le fief du Chef de l’Etat Tshisekedi et de son parti, l'UDPS, le rendez-vous a été respecté. Selon l’AFCP, qui cite son correspondant local, trois manifestants ont été blessés par balles.

A Kisangani, la ville a également répondu à l’appel de l’Udps. Dans la province du Nord-Kivu Goma, son chef-lieu, et Beni, zone martyrisée par les rebelles ougandais de l’ADF, « neuf militants de l'UDPS qui voulaient marcher sont aux arrêts », a déclaré à l'AFP Nason Murara, porte-parole local de la police.

C’est dans la douleur que le FCC finira par imposer Ronsard Malonda à la tête de la Céni. Au sein des confessions religieuses, dont il est l’émanation, le choix de Malonda ne fait pas l’unanimité. Censé avoir été proposé par l’église Kimbanguiste, avant de le renier, Ronsard Malonda se trouve être un homme seul. L’église Catholique, représentée par la Cenco, et l’ECC s’opposent farouchement à son choix, au regard de son passé aux côtés de Corneille Nangaa aux élections chaotiques de décembre 2018.

La principale force politique, Lamuka, a également projeté une marche allant dans le même sens pour la semaine prochaine. Mais, jusqu’à preuve le Gouvernement maintient son mot d’ordre d’interdiction de tout marche.