Deux entreprises du portefeuille de l’Etat dans le secteur minier, à savoir la Minière de Bakwanga (Miba) et la Société des mines d’or de Kilo-Moto (Sokimo), font l’objet d’une coupe réglée, au grand dam de l’Etat actionnaire. En signant de la manière la plus obscure avec des partenaires - roumains, apprend-on - non listés dans le répertoire mondial, l’Etat congolais, sous Félix Tshisekedi, perpétue encore une fois les méthodes de gré à gré qui ont fait le malheur de l’industrie minière congolaise.

La Miba et la Sokimo sont en train d’être dépecées et dépossédées en même temps de ce qui leur reste encore comme patrimoine minier. Dans un communiqué publié le 26 mai 2020, la Coalition ''Tous pour LA RD-CONGO'',  dénonce ces opérations directement pilotées par la présidence de la République.

La Coalition lance dès lors l’alerte pour la Miba et Sokimo, ignorées par les dirigeants alors que ce sont des milliards de dollars qui sont exposés au bradage.

« Il faut visiter l'Ituri et le Haut Uele où il y a les mines de Sokimo puis comparer à l'Ouganda en Face pour comprendre comment l'or de RDC construit les pays voisins de l'Est alors que tout manque aux populations congolaises », note l’un des signataires du communiqué du 26 mai 2020.

En lisant le communiqué de la Coalition « Tous pour la RD Congo », on peut en tirer quelques enseignements.

De prime abord, le Président de la République, qui a promis de relancer Sokimo lors de son meeting le 1er juillet 2019 en Ituri, est resté inactif sur le sujet. Sur le terrain, il n’y a rien.

En lieu et place, Il y a plutôt Pianetta et AJN, sans capacité financière connue, des inconnus du secteur minier aurifère et traités par des élus de l'Ituri de sociétés fictives, ont dû signer des MoU (Memorandum of understanding) ou accords de gré à gré sur des gisements importants évalués à plus de 50 milliards Usd bruts avec la Sokimo, en violation du Code minier révisé et sans tenir compte des accords existant Sokimo et Kibali, Mwana Africa, MGM, etc.

Pendant ce temps, le personnel de la Sokimo accuse 90 mois d'impayés à ce jour, sans émouvoir le Président de la République et le Conseil des ministres. Tout comme les travailleurs de la Miba, non payés depuis 2012, qui dénoncent, à l’instar de la Sokimo, le bradage et la mauvaise gestion.

On s’attendait à ce que le Gouvernement s’active sur le dossier de la Miba. A la place, le Président de la République a plutôt diligenté un audit.

Pendant que l'audit travaille, la Miba signe un contrat de gré à gré avec des roumains, inconnus entrés par la Présidence de la République. A quoi aura alors l’audit annoncé à grande pompe.

Le député Éric Ngalula Ilunga, fils du Sénateur Auguy Ilunga Tshivuila, tous de UDPS et de Mbujimayi, ont à maintes reprises dénoncé la mauvaise gestion par les Chinois. A ces nombreuses dénonciations, le Président de la République est resté indifférent.

L'Inspection générale des finances, service relevant de la présidence de la République, ayant depuis lors bouclé son audit de la Miba, on continue à attendre la publication de son rapport final.

Entre-temps, il y a des questions qui restent sans réponses : A quel coût les Roumains vont réparer la centrale de Tshala de la Miba qui dessert en électricité la ville de Mbujimayi ? Qui a fait les études ? Pourquoi signer des contrats de gré à gré avec les commissionnaires non connus dans le secteur des mines et ne pas les publier contrairement à la loi et ITIE, alors que le Chef de l’Etat avait promis de ne pas signer les contrats avec des spéculateurs? Qui est derrière Pianetta, AJN et les Roumains pour que le Président de la République ferme les yeux et les oreilles aux dénonciations documentées de différents Ongs œuvrant dans le secteur des ressources naturelles ?

Il y a bien d’autres questions : Pourquoi les ONGs ont le courage de porter plainte contre AJN en bourse au Canada, alors que la présidence de la République et le gouvernement ne s'y intéressent pas ? À qui profitent les contrats, accords de gré à gré et non publiés, signés par la Miba et la Sokimo en 2019 et 2020, dénoncés par tout le monde sans que le Chef de l’Etat ne bouge ?

La Miba et la Sokimo sont au centre d’une grande maffia. C’est le moins que l’on puisse. Curieusement, au lieu de se pencher sur ces deux entreprises en difficulté, le Gouvernement s’acharne plutôt sur la Gécamines, une entreprise qui marche. Paradoxe !

Même si les gens haïssent les dirigeants de la Gécamines, c'est l'unique entreprise minière à ce jour qui n'a pas d'arriérés de salaires avant la paralysie de la direction, à la suite d’une affaire montée de toutes pièces autour d’un emprunt de 200 millions d’euros. Contrairement aux allégations de Me Georges Kapiamba, président d’ACAJ, les dirigeants de la Gécamines ont fini par avoir gain de cause. Mais, l’activité de l’entreprise en a sérieusement souffert.

Sodimico, Sokimo, Kisenge-Manganèse, Sominki, Congo-Etain ont plus de cinq ans d'impaiement ou arriérés de salaires. Voilà des entreprises qui exigent une nette attention du Gouvernement. S’acharner sur la Gécamines, comme c’est le cas depuis un temps, n’a pas de sens.

En réalité, la présidence de la République – c’est à partir que sont ficellés tous les contrats de gré à gré - est intéressée par la Gécamines parce qu'elle est viable aujourd'hui, sans arriérés des salaires et parce qu'on ne veut pas de ses dirigeants actuels. Comme pour faire diversion, on ameute l’opinion publique autour de la Gécamines, une entreprise qui tourne encore, pour brader en silence et sans que le Conseil des ministres n'en parle des sociétés telles que la Miba et la Sokimo.

Dans son communiqué, la Coalition « Tous pour la RD Congo » appelle le Gouvernement à sortir de son mutisme en se penchant enfin au drame qui s’abat sur la Miba et la Sokimo.

F.K.

Ci-dessous le communiqué de la Coalition « Tous pour la RD Congo »

Pourquoi la présidence et le Gouvernement ignorent les dénonciations documentées sur la Miba et la Sokimo?

Il est urgent que le Conseil des ministres du 29 mai traite aussi de toutes les dénonciations documentées par les élus et Ongs sur ces deux entreprises.

Nous avons appris avec satisfaction, à travers le compte-rendu de la 32ème réunion du Conseil des ministres du vendredi 22 mai 2020, la demande du Président de la République faite au Ministre du Portefeuille ''de déposer au prochain Conseil des Ministres un rapport détaillé sur ces faits dont les éléments seront mis à sa disposition (sur la Gécamines). Le Conseil des Ministres déterminera ensuite les orientations à donner à ce dossier.''

Notre Coalition, faite des citoyens congolais, rappelle au Chef de l'Etat et Chef du Gouvernement que plusieurs dénonciations, trop récentes et suffisamment documentées, ont été faites par des ONGs du secteur extractif national (les plateformes COGEP, TOUS POUR LA RD CONGO) et le député Eric NGALULA ILUNGA de l'UDPS du Kasaï Oriental, sur les actifs hautement valeureux et de qualité mondiale (d'or et de diamants) de la SOKIMO et la MIBA. Nous constatons avec regret et inquiétude leur oubli et exclusion des dossiers prioritaires à l'ordre du jour des différents Conseils des ministres.

Concrètement, voici quelques dates et faits importants sur la MIBA et SOKIMO :

- Le 18 avril 2019 : Dans un mémorandum remis au Président de la République, dont une copie est parvenue le même jour à l’ACP, les travailleurs de SOKIMO avaient demandé la révisitation de tous les contrats léonins, la subvention de la SOKIMO à l’instar d’autres entreprises de portefeuille de l’Etat, l’abandon du projet de faire revenir CNRMEDEA sous une autre forme sur le périmètre 5110 à Nizi, afin d’éviter les débordements de l’agitation qui s’observe déjà à ce jour. Ils suggéraient aussi de sommer les partenaires de cette entreprise notamment Giro Gold, Mwana African, MGM à régulariser leurs situations litigieuses en faveur de la SOKIMO. Ils y avaient égrainé plusieurs effets néfastes de réformes inadaptées qui ont ouvert la porte aux bradages de permis d’exploitation de la SOKIMO, notamment son surendettement, le cumul des arriérés de plus de 80 mois de salaire, le non-respect de conditions de mise en retraite pour plus de 800 agents, la spoliation de tout genre du patrimoine de la société et le bradage des permis d’exploitation de la SOKIMO par l’Etat congolais en faveur de tierces sociétés.

- Le 1er juillet 2019 : Meeting du Président de la République à Iga-Barrière (Ituri). ''On m’a parlé d’un autre dossier, celui de la Sokimo. On dit que Sokimo est morte, que Sokimo ne nourrit plus les fils de l’Ituri. Nous allons tout faire pour relever la Sokimo pour qu’elle donne de l’emploi et la dignité aux ituriens'' a dit le Président de la République en Ituri. La relance de la société des mines d’or de Sokimo a également été au menu du Chef de l’État lors de son adresse à la population de Iga-Barrière, de retour de Djugu centre où il a fait un aller-retour ce lundi 1er juillet 2019. Lors de son séjour en Ituri, le Président de la République avait promis de faire relancer rapidement la Sokimo et avait demandé aux forces vives de l'y aider avec des propositions concrètes.

- Le 10 décembre 2019 : Le Ministre des Mines Willy KITOBO SAMSONI avait reçu en audience le caucus des députés de l’Ituri conduit par l’Honorable TABU MAKUSI Angèle à propos de la relance de la Société des Mines d’or de Kilo-Moto (SOKIMO).

- Le 27 janvier 2020 : Une forte délégation gouvernementale, conduite par l’inspecteur aux finances Batubenga Mbaya, était partie à Mbujimayi chef-lieu du Kasaï-Oriental pour faire l’audit de la (très mauvaise) gestion et fonctionnement de la MIBA.

- Le 04 février 2020 : Le Gouverneur Jean Maweja Muteba avait reçu en audience la délégation chargée d’audit à la MIBA. “Le travail continue, je crois que la primeur du rapport est réservée au chef de l’Etat. A ce niveau je ne peux divulguer rien “, avait dit Batubenga Mbaya.

- Le 12 février 2020 : Alors que les auditeurs travaillaient encore, la MIBA et la firme roumaine AM Developments International signent de gré à gré un Memorandum of Understanding (MoU) pour des centaines des millions de dollars américains en violation du Code minier révisé et sans le publier comme l'a dénoncé COGEP.

- Le 22 Février 2020, le 04 mars, le 16 et le 30 avril 2020 : ''TOUS POUR LA RD-CONGO'' a publié quatre Communiqués de presse documentés sur SOKIMO et AJN Inc. et imploré le Président de la

République à s'impliquer personnellement en consultant les élus de l'Ituri et du Haut-Uélé, les représentants des communautés locales (Chefs coutumiers) et les organisations de la Société Civile pour arrêter ce bradage au profit des spéculateurs (traders) conformément à ses déclarations sur les nouveaux contrats.

- Le 24 février 2020 : Le député national Abotome Bekabisya avait adressé une question écrite au ministre du Portefeuille en vue de fournir des explications sur la cession des actifs de la société minière de Kilo-Moto, Sokimo à l’entreprise AJN Ressources.

- Le 26 février 2020 : COGEP (Communiqué de presse COGEP/04/2020) demandait au Premier Ministre "d'annuler le Protocole d'accord entre la SOKIMO et AJN Resources Inc sur la Cession d'actifs Miniers. En effet, AJN Resources Inc. annonce avoir signé le 18 janvier 2020 un Protocole d'accord (MoU) convertissant tous les droits de la SOKIMO en parts sociales qui seront dans AJN, une transaction très défavorable à l'entreprise du Portefeuille d'Etat et aux citoyens congolais" en violation du Code minier révisé. COGEP recommandait au Président de la République "de s'investir pour l'arrêt de ces cessions défavorables à la SOKIMO et aux citoyens congolais".

- Le 26 février 2020 : COGEP (COGEP/05/2020) avait demandé au Ministre du Portefeuille "de rendre public l'accord de joint-venture entre la MIBA et les roumains (sans expérience dans les diamants) afin de permettre aux citoyens congolais d'en comprendre les tenants et les aboutissants." Et "de rendre public dès réception, l'audit externe initié par le Présidence de la République sur la MIBA". Au Président de la République, "de veiller à ce que les mandataires publics coupables de me gestion et de détournement des deniers publics soient déférés devant les instances judiciaires de la République". La COGEP osait croire "que l'audit externe initié par la Présidence de la République sera en temps utile rendu public afin de ne point laisser les citoyens congolais dans une incertitude totale."

- Le 20 mars 2020 : Les députés et sénateurs de la province de l'Ituri réunis au palais du peuple avaient plaidé pour l'annulation de la "cession illégale" des derniers actifs de la SOKIMO par les gestionnaires de cette entreprise. Les élus qualifient cet acte de "prédation" planifiée par les politiques clairement identifiés.

Ils avaient demandé au Président de la République de s'impliquer pour l'annulation de cette cession, de nommer des nouveaux mandataires dans cette entreprise mais aussi de sanctionner les "auteurs et complices" de cette "cession illégale".

- Le 18 avril 2020 : Dans une correspondance, le député national Éric Ngalula demande à la présidente de la chambre basse parlement, Jeanine Mabunda, la constitution d'une commission d'enquête pour investiguer sur la gestion de la Société Anhui Congo d'Investissement Minier (SACIM sarl), entreprise exploitant le diamant dans la province du Kasaï Oriental.

- Le 20 avril 2020 : Les députés nationaux et sénateurs élus de l’Ituri ont, à travers une déclaration rendue publique, condamné la session qu’ils ont qualifié ''d’illégale'' des tout derniers actifs miniers de la Société minière de Kilo-Moto à une entreprise, dénommée Pianeta Mining and Trading SARL, qu’ils considèrent comme ''fictive''.

- Le 27 avril 2020 : Le député national Éric Ngalula de l'UDPS, dans une correspondance adressée au Premier Ministre, demandait l'audit des actions de la société chinoise Anhui Foreign Economic Construction (AFECC) impliquée dans l’exploitation du diamant au Kasaï pour n'avoir pas réalisé les projets socioéconomiques qu’elle s’était assignés dans l’accord conclu en mars 2013 avec l’Etat congolais.

- Le 30 avril 2020 : ''TOUS POUR LA RD-CONGO'' a courageusement porté plainte contre les pratiques de AJN Inc. auprès de la Bourse Canadienne des Valeurs Mobilières (Canadian Securities Exchange CNSX Markets Inc.) et A l'Organisme de Réglementation de la Négociation des Valeurs Mobilières du Canada (IIROC) au Canada.

- Le 13 mai 2020 : la Lettre ouverte de COGEP au Premier Ministre, avec copie au Président de la République, demandant la "Publication du contrat signé entre la MIBA et la firme roumaine AM Developments International" du 12 février 2020 "afin de promouvoir une gestion transparente des

Entreprises du Portefeuille de l'Etat en conformité avec les prescrits légaux sur la transparence." Nos collègues de COGEP avaient rappelé au Président de la République et au Premier Ministre que la MIBA totalise à ce jour "les arriérés des salaires et cotisations sociales des agents de la MIBA ainsi que des pensions des agents mis à la retraite depuis 2012."

Alors que les travailleurs de la SOKIMO et la MIBA totalisent plus de 90 mois sans salaires ni pensions de retraite et que les populations de l'Ituri, du Haut-Haut et du Kasaï-Oriental dénoncent le bradage et interpellent les dirigeants du pays, nous constatons avec regret que touts ces faits et dénonciations documentés sont ignorés par la Présidence de la République et le Gouvernement alors qu'elles concernent deux filières importantes du secteur minier du pays et méritent une plus grande attention, Conseil des ministres du 29 mai 2020, parce que l'avenir du pays après COVID-19 en dépend. Nous félicitons la Commission ''Ressources Naturelles'' de l'Assemblée Nationale pour avoir tenu compte de tous ces faits et convoqué les responsables de la SOKIMO pour des explications et recommandations.

Nous souvenant de la promesse du Chef de l'Etat de ne pas laisser les sociétés minières signer des contrats avec des commissionnaires et spéculateurs sous votre mandat, de relancer la SOKIMO et la MIBA pour donner des emplois aux jeunes de l'Ituri, du Haut-Uele et du Kasaï Oriental, nous recommandons que la Présidence de la République et le Premier Ministre traitent globalement tous dossiers du secteur minier, inscrivent à l'ordre du jour du Conseil des ministres du vendredi les différentes dénonciations sus évoquées bien documentées sur la SOKIMO et la MIBA afin de ne pas donner l'impression de traiter sélectivement certains dossiers du secteur minier du pays.

Notre Coalition a officiellement écrit aux autorités compétentes à ce sujet.

Fait à Bunia-Faradje-Durba-Kinshasa-Kolwezi-Lubumbashi-Watsa, le 26 mai 2020.

La Coalition ''TOUS POUR LA RD CONGO''.