Le pays est comme suspendu. Les perspectives s’assombrissent. Dans le contexte difficile de Covid-19, la RDC lutte en même temps contre sa propre survie en tant que nation. Jamais, les armées étrangères ne se sont baladées autant sur le sol congolais. Dans la partie Est, sur la ceinture qui part de l’Ituri jusqu’à la province de Tanganyika, en passant par le Nord et le Su-Kivu, l’insécurité se conjugue au présent. Sur le terrain politique, les deux partenaires à la coalition montrent des signes de fébrilité. Ils ne semblent pas émettre au même diapason. Les prochains jours seront difficiles, prédit-on. La faute, c’est au chef de l’Etat Félix Tshisekedi et à son prédécesseur, Joseph Kabila, qui ne jouent pas franc jeu dans le cadre de la coalition FCC-CACH.

Les deux principaux té nors de la coalition FCCCACH, Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, ont opté pour la stratégie du pourrissement dans le fonctionnement régulier des institutions de la République. Leur hypocrisie, l’un envers l’autre et chacun d’eux envers leurs proches, se manifeste à travers les nuages qui s’accumulent dans le ciel de leurs relations qui ignorent tout de la sincérité. Leur mariage contre nature démontre ses limites.

Trois hypothèses sont avancées. Il y a d’abord le bon sens qui ferait qu’ils se disent des vérités qui voudraient que Félix Tshisekedi endosse et applique les politiques publiques conçues par le FCC et qu’il laisse aussi à la famille politique de l’ex-président, la latitude de les exécuter en suivant leur mode opératoire. Félix Tshisekedi devra donc, suivant cette hypothèse, se contenter du rôle que le FCC voudrait lui faire jouer. L’absence d’un vrai programme de Gouvernement, étalé sur tout le mandat, est justement dictée par ce manque de consensus sur le rôle de chaque camp de la coalition. Joseph Kabila est ainsi invité à dire la même chose à Félix Tshisekedi et aux siens. Il s’agit de poser clairement sur la table des discussions ce qu’ils attendent exactement du président de la République dans le cadre de la coalition au pouvoir. De même, le chef de l’Etat est invité, au nom du combat de son parti politique qui a passé 38 ans dans l’opposition, de dévoiler le contenu de son deal avec Joseph Kabila et le FCC. Tant que l’un et l’autre continueront à entretenir le suspense, c’est le pays qui en pâtit, avec tout ce qu’il y a comme corollaire dans la bonne marche de l’Etat. Les premiers signaux de détresse s’acculement au jour le jour.

Depuis l’arrivée au pouvoir en janvier 2019 de Félix Tshisekedi, il y a bien des questions qui sont restées sans réponses. Quels pans du pouvoir le FCC a réellement concédés à Félix Tshisekedi ? Avait-il renoncé à certaines prérogatives reconnues au Chef de l’Etat afin de sauver le mandat issu d’élections qui ont donné au FCC la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat, aux assemblées provinciales, bref dans toutes les institutions à mandats électifs ?

Hypocrisie collective

Ayant caché à leurs partenaires respectifs le vrai contenu de leur accord, les chefs de deux principales forces politiques au pouvoir jouent avec le feu. Chaque camp tente de récupérer des espaces perdus. C’est ainsi que des affaires s’alignent les unes après les autres, sans que le pays n’en trouve gain de cause. La liste est loin d’être limitative : l’absence d’un programme commun et chiffré de la mandature, les enquêtes sur les travaux de 100 jours qui ont conduit Vital Kamerhe en prison, le refus de certains ministres d’exécuter des décisions du Chef de l’Etat coulées sous forme d’ordonnance, l’instrumentalisation de la justice par un camp et par un autre dans plusieurs dossiers politico-judiciaires, des arrestations arbitraires, des détournements en cascade, des morts suspectes à la présidence. Les exemples sont légion. La machine de l’Etat ne tourne pas à plein régime. Plus d’une année après, Félix Tshisekedi a du mal à imposer, obligé de supporter son allié encombrant du FCC.

Jusques à quand durera cette supercherie ? C’est tout ce que l’opinion publique cherche à comprendre. Toutes ces situations ont fait naitre un sentiment de méfiance totale entre lesdeux membres de la coalition. Chaque segment de la coalition au pouvoir a la nette impression que l’autre broute dans ses domaines de prédilection. La restauration de la confiance est un élément essentiel dans la cohésion au sein de la coalition FCC-CACH.

Toutes ces affaires sont volontairement voulues par l’un et l’autre pour tirer le drap de son coté après le pourrissement qui va s’en suivre. Chacun joue à sa manière à la théorie du chaos. On peut bien comprendre l’attitude du chef de l’Etat. Son passé de combattant ne l’a pas encore quitté. En effet, Félix Tshisekedi espère qu’à l’issue du pourrissement et la pression socio-politique qui s’en suivra, il va récupérer la totalité de ses prérogatives constitutionnelles. Il n’oublie cependant que l’Udps n’est plus dans la rue. C’est un parti au pouvoir. En face, Kabila et son groupe ne jurent que par la conservation d’un pouvoir dont le contrôle semble leur échapper par des assauts sporadiques mais bien ajustés de CACH.

En réalité, ce pourrissement de la vie politique et sécuritaire ne profitera ni à l’un encore moins à l’autre. Le peuple dans tout cela va subir les affres d’une crise née de l’hypocrisie collective de deux principaux dirigeants ainsi que leurs courtisans. Il fat craindre le retour de la manivelle. Car, personne ne sait en prédire l’ampleur. Autant que les uns et les autres reviennent vite à la raison. Pour le grand bonheur de la RDC et de son peuple

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