Quels que soient les efforts que les deux forces de la coalition au pouvoir en RD Congo vont déployer, leurs visions de la gestion de la chose publique sont inconciliables. Ils regardent dans des directions diamétralement opposées. Entre les deux partenaires, l'un doit accepter de disparaître au bénéfice de l'autre. Mais qui entre le FCC et l'UDPS accepterait de se sacrifier pour la survie de la coalition ?

Entre le FCC de Joseph Kabila et le CACH de Félix Tshisekedi, c’est un mariage contre nature qui peine à se cimenter. Depuis que les deux leaders ont décidé de convoler en justes noces, des moments de friction se multiplient au jour le jour. Si Tshisekedi et Kabila parviennent tant que mal à surmonter leurs humeurs pour donner l’apparence d’une coalition qui est parvenue à surmonter ses contradictions, ce n’est pas le cas pour leurs adeptes qui n’hésitent à se régler des comptes sur la place publique.

La coalition FCC-CACH tangue. C’est une évidence. Avec la campagne lancée à l’Assemblée nationale contre la déchéance de Jean-Marc Kabund, président ad intérim de l’Udps et 1er vice-président de l’Assemblée nationale, la coalition FCC-CACH est une fois à l’épreuve. Pour le moment, le FCC ne cache pas son animosité envers Jean-Marc Kabund.

Pour le FCC, Jean-Marc Kabund n’est pas à sa place au sein du bureau de l’Assemblée nationale. Au nom d’une alliance conclue entre le chef de l’Etat Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, son autorité morale, le FCC a appris à le supporter Kabund. Apparemment, sa patience semble avoir atteint des limites. Aujourd’hui, la tête de Kabund est mise à prix. Curieusement, l’initiative n’émane pas du FCC, mais plutôt d’un député national, élu du MLC de Jean-Pierre Bemba. La politique a sa logique, dit-on ? Le FCC a donc saisi la balle au bond.

De l’hémicycle, l’on apprend que tout est déjà ficelé pour le départ au bureau de la chambre basse du Parlement de l’enfant terrible de l’Udps, Jean-Marc Kabund, le tout dernier secrétaire général de l’Udps intronisé par le lider maximo, Etienne Tshisekedi, peu avant sa mort.

Les dès sont donc jetés. Le reste, c’est juste une question de procédure, se dit-on dans les couloirs du Palais du peuple.

Agendas toujours opposés

Les deux familles politiques étaient en opposition pendant tout le règne de Joseph Kabila. Entre l'UDPS et le FCC, plusieurs chapitres de leur histoire sont écrits en lettres de sang.

La direction de l'UDPS, avec en tête, Félix Tshisekedi, connaît les positions de la base militante. La direction de l’Udps connaît des lignes rouges à ne jamais franchir afin de ne pas subir le sort du Palu. Pour cette raison, les suspicions restent nombreuses entre les deux familles politiques. Il y a des fossés entre les deux forces de la coalition au pouvoir.

Sur les affaires judiciaires en cours, il y a des contradictions flagrantes qui démontrent que les deux camps en coalition se regardent toujours en chiens de faïence. Lorsque le président de la République préconise des audits sur les travaux de ses 100 jours, le ministre FCC de la Justice  donne injonction pour des enquêtes judiciaires.

Dans une autre affaire, le chef de l'État instruit pour une enquête judiciaire à la RVA, rien ne se fait. On sollicite une expertise pour faire toute la lumière sur le dossier loin des couloirs du parquet. Le DG FCC de la RVA se la coule douce alors que le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, renvoyé devant le tribunal, est jugé depuis son lieu de détention à la prison de Makala.

Le FCC sait protéger ses adeptes. De même, pour l’Ogefrem dont le directeur général, Patient Sayiba, a refusé de répondre à une invitation de justice, soutenu dans sa démarche par le Garce des sceaux qui a écrit officiellement aux instances judiciaires.

La liste des contradictions au sein de la coalition est longue.

Pression sur le Premier ministre

Il ne faut pas non plus publier les fortes pressions exercées sur le Premier ministre, le FCC Sylvestre Ilunga Ilunkamba

Tous les faisceaux indiquent qu’au sein de la coalition, les parties se sont accordées sur son départ. Le chef de l’Etat Félix Tsihisekedi a le premier à en exprimer le besoin, déterminé à amener un sans nouveau à la Primature. Le FCC, qui voit à chaque initiative de son partenaire un coup fourré, s’y est opposé, avant de se rétracter. Pour le miment, les deux parties négocient sur la manière de faire partir Ilunga Ilunkamba sans que la coalition n’en prenne un coup.

Longtemps contraint à la démission, le professeur Ilunga a déjoué toutes ces initiatives, préférant se référer à la seule autorité morale du FCC, en l’occurrence Joseph Kabila, pour se fixer définitivement sur son sort.

Dossier chaud : une patate chaude

Le dossier Kamerhe s’invite aussi dans le débat. Incarcéré à la prison centrale de Makala pour son implication avérée à la déroute du programme de 100 jours du chef de l’Etat, c’est devant la justice de Vital Kamerhe, qui reste toujours directeur de cabinet du chef de l’Etat, tente de rétablir son honneur sérieusement entamé. La tâche ne sera pas facule. La première audience du 11 mai dernier ne lui a pas été favorable, ont largement commenté les spécialistes du droit. Il pourrait donc se rattraper le 25 mai prochain.

Pendant ce temps, dans son camp politique, le CACH, les frustrations sont bien visibles. Certains crient à un procès politique, alors que d’autres relativisent. Quoi que le mal soit profond.

Avec le procès Kamerhe, il faut reconnaitre que le CACH a pris un sérieux coup de semonce. L’après Kamerhe sera tout autre, prédisent déjà maints analystes. Pour le chef de l’Etat Félix Tshisekedi, des ajustements dans sa politique seront inévitables pour amortir politiquement le choc.

De sa ferme de Kingakati, Joseph Kabila brille par un silence qui dit tout. Il s’est mis à l’écart laissant Félix Tshisekedi se batailler avec son directeur de cabinet. Sans doute cherche-t-il le bon moment pour surgir. C’est fort probable. En tout cas, au sein de la coalition FCC-CACH, il y  des agendas inconciliables.

Econews