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6 avril 1921 – 6 avril 2021, tout un siècle pour l’église Kimbanguiste qui a célébré, le mardi 6 avril 2021, son centenaire sur la terre sacrée de Nkamba, dans le Kongo central. Le 31 mars 2021, Didier Mumengi, écrivain et sénateur, a animé, à l’invitation de la Fondation Charles Kisolokele, une conférence de presse autour du personnage mythique de Simon Kimbangu. Tribune.

La bible dit, dans 1 Thessaloniciens 5:9 : «Dieu ne nous a pas appelés pour nous juger, mais pour que nous obtenions le salut…»

Le samedi 10 septembre 1921 à Mbanza-Nsanda, tout au début du culte matinal, vers 9h00, Simon Kimbangu entre dans l’enclos en rameaux. Il a une expression très grave sur le visage. Il s’adresse à l’assistance en disant notamment : « Mes frères, Mes soeurs, l’Esprit est venu me révéler que le temps de me livrer aux autorités est arrivé… Tenez bien ceci : avec mon arrestation commencera une période terrible d’indicibles persécutions pour moi-même et pour un très grand nombre de personnes...

Il faudra tenir ferme, car l’Esprit de notre Dieu Tout-Puissant ne nous abandonnera jamais. Il n’a jamais abandonné quiconque se confie en Lui ». Et le Prophète d’enchaîner : «Les décennies qui suivront la libération de l’Afrique seront terribles et atroces. Car, tous les premiers gouvernants de l’Afrique Libre travailleront au bénéfice des Blancs. Un grand désordre spirituel et matériel s’installera. Les gouvernants de l’Afrique entraîneront, sur le conseil des Blancs, leurs populations respectives dans des guerres meurtrières et s’entretueront. La misère s’installera. Beaucoup de jeunes quitteront l’Afrique dans l’espoir d’aller chercher le bien-être dans les pays des Blancs. Ils parleront toutes les langues des Blancs.

Parmi eux, beaucoup seront séduits par la vie matérielle des Blancs. Ainsi, ils deviendront la proie des Blancs. Il y aura beaucoup de mortalité parmi eux et certains ne reverront plus leurs parents ».

UNE PROPHÉTIE QUI SE RÉALISE

Comment ne pas reconnaître que ce qu’avait prédit Simon Kimbangu en 1921 plane aujourd’hui sur le Congo tel un nuage noir, comme une malédiction ?

Aujourd’hui, dans ce magnifique pays qu’est le Congo : 

  • Manger devient un luxe pour le peuple congolais ;
  • Se soigner devient à ce point un chemin de croix pour la très grande majorité des Congolais, qu’un génocide silencieux des maladies faciles à soigner extermine inexorablement
    les Congolais ;
  • L’école est morte, et de plus en plus, nos enfants s’habituent au dégoût de l’intelligence, et ils deviennent adultes après s’être familiarisés
    dès leur jeunesse, avec le sentiment que le savoir, le savoir-faire et le savoir-être sont des besoins futiles, voire inutiles ;
  • Le travail, qui est l’essence et le fondement de toute vie humaine en société, perd tout son sens et toute son utilité dans notre beau pays ;
  • Aujourd’hui, le destin du Congolais lambda, c’est trois moments de vie : naître, souffrir et mourir.

Certes, Simon Kimbangu l’avait prédit. Mais comment comprenons-nous toutes ces actions et politiques de destruction de notre pays par nousmêmes ? Comment expliquonsnous toutes ces actions et politiques de clochardisation de notre peuple par nos propres élites, juste après la traite négrière et aussitôt après la colonisation, qui nous avaient réduits en soushommes commerçables à volonté, et en bêtes de somme corvéables à souhait ?

Moi, Mono, je suis de ceux et celles qui pensent que, vu l’ampleur et la profondeur d’une crise qui frappe tous les secteurs de la vie nationale, le salut, quel qu’il soit, exige une transformation spirituelle substantielle des consciences, qui devra se manifester par une catharsis régénératrice et sotériologique.

C’est-à-dire : la transformation décisive et radicale de notre manière de croire en Dieu et de montrer
notre foi en Lui.

LE LIBÉRATEUR DE LA RACE NOIRE

Dans ce même message prophétique du samedi 10 septembre 1921 à Mbanza-Nsanda, Simon Kimbangu a aussi dit ceci : « Il faudra une longue période pour que l’Homme Noir acquière sa
maturité spirituelle. Celle-ci et seulement celle-ci lui permettra d’acquérir son indépendance matérielle. Alors s’accomplira la troisième étape.

Dans celle-ci naîtra un Grand Roi Divin. Il viendra avec ses trois pouvoirs : Pouvoir Spirituel - Kinzambi ) -, le Pouvoir scientifique - Kimazayu - et le Pouvoir Politique - Kimayala-». «Je serai moimême, conclut le Prophète, le Représentant de ce Roi. Je liquiderai l’humiliation que, depuis les temps les plus reculés, l’on ne cesse d’infliger aux noirs. Car, de toutes les races de la Terre, aucune n’a été autant maltraitée et humiliée que la race noire ».

Que nous a-t-il dit, Simon Kimbangu ? De quel nouveau paradigme spirituel et religieux parle-t-il ?

Attention… Aussi bien dans les cercles du pouvoir qu’au sein du microcosme politique et intellectuel
congolais, la tentation est grande de répondre aux terribles tortures de la crise actuelle en s’appuyant sur les paradigmes attardés, éculés, fanés et inféconds.

Il est aujourd’hui question d’appointer une audacieuse archéologie du savoir, fondée sur les notions d’aggiornamento spirituel, pastoral et théologique, en conscience que Dieu est source de sens et de salut, en tant que raison créatrice et puissance organisatrice bien supérieures à l’intelligence humaine.

D’ores et déjà, Simon Kimbangu nous avait montré le chemin de cette révolution spirituelle, en prophétisant, toujours dans ce message prophétique de Mbanza-Nsanda, à savoir «Les autorités gouvernementales vont imposer à ma personne physique un très long silence, mais elles ne parviendront jamais à détruire l’oeuvre que j’ai accomplie, car elle vient de notre Dieu le Père.

Certes, ma personne physique sera soumise à l’humiliation et à la souffrance, mais ma personne spirituelle se mettra au combat contre les injustices semées par les peuples du monde des ténèbres qui sont venus nous coloniser ».

Et suivez très bien cette conclusion de Simon Kimbangu, où il dit : «J’ai été envoyé pour libérer les peuples du Kongo et la race noire du monde, les +Zindombe zazo...+

Les fondements spirituels et moraux, tels que nous les connaissons aujourd’hui, seront profondément ébranlés. Et le Kongo sera libre, ainsi que l’Afrique ».

La Bible dit, dans Jean 16 verset 23 : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, Il vous introduira
tout entière ».

LE MYSTÈRE DU CHIFFRE 12

Cet esprit de Vérité est né le 12 septembre 1887. En intercesseur du peuple noir et prophète du monde noir, il a été prendre siège auprès du Père Céleste le 12 octobre 1951. Il est venu et il est parti le 12…

Un chiffre parfait, qui symbolise ce qui est achevé, qui incarne la fin d’un cycle et représente le point d’harmonie. Autant la Lune effectue environ douze fois le tour de la Terre en un an, autant le système duodécimal est également utilisé pour diviser une année en douze mois. Le chiffre 12 nous permet donc de nous situer dans le temps, comme l’indique notre système horaire, qui repose sur douze heures.

Aussi, comme chaque journée se découpe en deux parties égales de 12 heures, l’une se terminant à midi, et l’autre à minuit, Simon Kimbangu a été deux fois 12 : le 12 de la genèse de l’incandescence
de l’esprit de l’humanité noire, et le 12 du salut de l’âme des peuples négro-africains.

Est-il encore besoin d’évoquer les douze apôtres de Jésus ou les 12 fils de Jacob, qui ont donné naissance aux douze tribus d’Israël ? Faut-il encore rappeler l’axe spirituel pivot du chiisme musulman, qui croit en l’existence de douze imams, successeurs de Mahomet ?

Dans la mythologie grecque, le couple divin, Gaïa et Ouranos, a donné naissance à douze Titans, et le héros Héraclès devra réaliser, ce qu’on a appelé les douze travaux d’Hercule…

Enfin, le nombre 12, chiffre de Simon Kimbangu, évoque l’alliance entre les hommes et Dieu. Spirituellement, le chiffre 12 représente une humanité qui vit avec Dieu.

Que nous a dit cet esprit de Vérité ? Qu’est-ce que Simon Kimbangu nous a révélé comme vérité perpétuelle ?

Il a dit, toujours le samedi 10 septembre 1921, je cite : « Nous aurons notre propre Livre Sacré, dans lequel seront écrits des choses cachées pour la Race Noire et les peuples du Kongo… Un Nlongi - Instructeur- Enseignant - viendra avant mon retour pour écrire ce Livre et préparer l’arrivée du ROI. Il sera combattu par la génération de son temps, mais petit à petit, beaucoup de gens comprendront et suivront son enseignement…

Voilà pourquoi, il faut que les peuples du Kongo soient instruits avant cet événement ». Si la traite négrière et la colonisation avaient chassé l’homme noir de toute position de centralité dans le champ du savoir, par cette prophétie, Simon Kimbangu, Esprit de Vérité, a réinstallé la personne humaine noire et congolaise au coeur même de la conscience de l’univers et de l’histoire.

«CONSTRUIRE UNE IDENTITÉ COGNITIVE»

En disant : «Voilà pourquoi il faut que les peuples du Kongo soient instruits avant cet événement», Simon Kimbangu avait conscience que l’intelligence est ce par quoi l’homme construit la première dimension de son alliance avec Dieu. L’action et les oeuvres matérielles étant la seconde dimension de cette alliance.

En prédisant que : «Nous aurons notre propre Livre Sacré »… Simon Kimbangu nous a donné un devoir. Alors 100 ans après sa venue au monde, qu’attendons-nous pour écrire ce «Livre Sacré» ?
Dieu nous a fait «noir». Il nous a envoyé un prophète noir comme il nous a fait noir, et celui-ci nous a prié de sortir de la chape de plomb d’une mentalité religieuse superficielle héritée de la traite négrière et de la colonisation en écrivant notre propre Livre sacré !

Qu’attendons-nous ?

Comme Abraham n’a pas écrit l’Ancien Testament, comme Jésus Christ n’a pas écrit le Nouveau Testament, comme Mahomet n’a pas écrit le Coran, Simon Kimbangu nous a fait comprendre qu’il ne sera pas possible de sortir des perversions mentales et comportementales liées à la réification coloniale sans retrouver une pédagogie propre d’intériorité spirituelle, et d’authenticité religieuse, réactualisant la souveraineté relationnelle de notre humanité noire avec le Père Céleste.

C’est ici le lieu de rappeler, si besoin en est encore, que les Evangiles ont été certes élevés au rang d’écritures saintes, mais ils demeurent néanmoins des fabrications humaines, réalisés par les scribes, les copistes ou ceux qu’on a appelé les « Pères de l’Eglise », principalement les participants aux premiers conciles, qui avaient posé les fondamentaux de la foi chrétienne, notamment au Concile de Nicée en 325, au concile de Constantinople en 360 ou encore au Concile de Latran en 649, chacun y ajoutant du sien, sur la base des écrits historiques, des écrits parfois classés aujourd’hui de non-canoniques, de gnostiques, sur fond assez souvent de polémique, les protagonistes étant les Juifs, les Syriens, les Assyriens ou les Egyptiens ou même les Judéo-hellènes, tels : Ignace d’Antioche, Justin, Irenée, Tatien, Origène, Basilide, Marcion, Hippolyte, Polycarpe de Smyrne, Athanase d’Alexandrie, Basile De Césarée, Jean Chrysostome, Eusèbe, Tertullien ou Ambroise, qui a joué un grand rôle dans la conversion au christianisme de l’Empereur Constantin, etc.

Mes frères, mes soeurs, 134 ans après sa venue ici-bas, 100 ans après son ministère, 70 ans après
son éclipse pour élire domicile auprès du Père Céleste notre Dieu, Nzambi-a-Mpungu, décidons d’accomplir le devoir que notre Prophète nous a laissé.

Papa Diangienda nous l’avait rappelé en 1963, en disant : «un jour, «batu ya mayele » se saisiront
du dossier Kimbangu pour établir la vérité » !

Décidons donc courageusement d’ouvrir ce chantier exigeant, mais ô combien essentiel pour réaliser
notre indépendance spirituelle.

Sans cette profondeur d’intériorité, nous ne saurions jamais construire une identité cognitive consistante et équilibrée.

Sans cette souveraineté spirituelle, nos âmes et nos esprits demeurerons à jamais ballottés au gré
de diverses idéologies religieuses ambiantes, à tout vent de doctrine et des intelligences d’emprunt et d’ailleurs.

Mes frères, mes soeurs, chaque peuple ici-bas ayant reçu un don spécifique pour construire distinctement son alliance avec le Père Créateur, l’indépendance nationale du 30 juin 1960 ne doit pas s’arrêter à l’émancipation politique. Elle doit tout aussi engendrer les ressources morales nécessaires au lancement du chantier de la souveraineté spirituelle et religieuse.

J’ai choisi comme conclusion le dernier message de Simon Kimbangu à Mbanza-Nsanda :

« Savez-vous de quoi est faite votre vie ? Savez-vous pourquoi vous vivez… Au nom de l’OEuvre que Vous m’avez confiée devant les Cieux et la Terre, je le répète trois fois : Mon Dieu, faites que Votre sainte bénédiction puisse remplir les coeurs de ceux qui se lèveront pour aider les peuples du Kongo !

Je vous le répète encore trois fois et je m’adresse à ceux qui mépriseront mon oeuvre par IGNORANCE, j’implorerai notre PÈRE CRÉATEUR afin qu’Il leur pardonne et qu’il leur ouvre la Voie de la Compréhension ! » Je vous remercie.

KINSHASA, LE 31 MARS 2021

(*) LES INTERTITRES SONT DE
LA RÉDACTION
DIDIER MUMENGI (ÉCRIVAIN ET SÉNATEUR)