www.econews.cd

Avec la nomination du Premier ministre sortant, Ilunga Ilunkamba, nommé en mai 2019, pour former enfin son gouvernement fin septembre 2019, on pensait que le blocage venait du président honoraire Joseph Kabila qui tenait à placer en très bonne place ses délégués du FCC (Front commun pour le Congo). Avec l’Union sacrée de la nation, formée après la rupture de la coalition FCC-CACH, on pensait que les choses iraient comme sur des roulettes, étant entendu que le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, passe pour le seul maître à bord. Mais, dans les faits, c’est tout le contraire. Le Gouvernement Sama, premier de l’ère Union sacrée, se fait toujours attendre. Chaque jour, l’équation se corse davantage pour dégager la mouture idéale. Kabila ne faisant plus partie du jeu, former le gouvernement dans le cadre de l’Union sacrée paraît plus difficile que prévu.

Le Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, peine avec l’Union sacrée de la nation, son initiative, de trouver la bonne combinaison pour former un gouvernement. La tâche est d’autant plus ardue à cause des difficultés inhérentes à l’investiture de l’équipe Sama Lukonde. Il serait donc hasardeux de s’engager et de buter au refus des députés d’investir le gouvernement.

Le Président de la République et le Premier ministre ainsi que leurs équipes respectives ont voulu absolument faire différemment les choses en s’assurant de l’adhésion de tous, sans hésitation, dans le processus d’investiture. Le modèle, sorti des labos du cercle politique du chef de l’Etat, était tel qu’on ne pouvait s’attendre à un blocage de longue durée dès lors que le Gouvernement ne devait plus faire l’objet de conciliations avec l’ancien partenaire, Joseph Kabila. De ce point de vue, Félix Tshisekedi était censé avoir les mains libres pour constituer l’équipe gouvernementale de la nouvelle ère de l’Union sacrée.

Mais, entre les simulations politiques et les réalités du terrain, il est apparu de grands écarts, faisant déjouer toutes les conclusions des labos politiques de l’Union sacrée de la nation. Pour le moment, on procède donc par essai et erreur, dans l’espoir de trouver finalement la combinaison idéale.

Des contraintes structurelles

Félix Tshisekedi n’est pas né de la dernière pluie. Il sait qu’il avance sur un terrain miné d’où dépend énormément non seulement son avenir politique, mais surtout la consistance de son mandat. Il sait aussi que des frustrations se sont considérablement multipliées avec la dernière option de revoir à la baisse le quota de Ensemble pour la République de Moïse Katumbi. Au lieu de huit ministères et un vice-ministère, le regroupement de Katumbi n’aura que quatre ministres et deux vice-ministres, selon certaines indiscrétions. Il n’est donc pas évident que le chairman acceptera cette offre, lui qui martelait il y a peu : «Je n’accepterai pas n’importe quoi ».

Il est tout aussi clair que Katumbi pourrait donner un mot d’ordre pour désavouer cette équipe pour rendre difficile l’investiture.

Si Katumbi donne un mot d’ordre contraire, il y a un gros risque qu’au moins une cinquantaine de députés ne vote pas pour l’Union sacrée de la nation. Ce qui risque de compliquer davantage l’équation.

Investir le gouvernement avec une marge peu sécurisante est un risque politique qu’aucun responsable sérieux ne peut prendre. Tshisekedi le sait.

Au FCC, des retours au bercail sont enregistrés au quotidien. Les 391 députés recensés par Bahati Lukwebo ont bougé à travers les lignes politiques poreuses. Au dernier décompte, le FCC revendique 140 députés nationaux et promet d’agrandir ses rangs. Mauvais augure !

Avec Kabila, c’était difficile. Mais avec l’Union sacrée de la nation, c’est plus difficile, voire compliqué de former un gouvernement. La tâche est d’autant plus ardue que le défi qui se dresse devant le Chef de l’Etat est éminemment politique avec l’investiture du gouvernement. En réalité, on doit s’assurer en amont de la réussite de coup politique avant de s’engager. Ça bloque Tshisekedi.

Pour le moment, il manœuvre pour ne pas frustrer l’Assemblée nationale. Jusqu’où ira-t-il ? En tout cas, à la Présidence de la République, on y travaille activement, conscient des enjeux en présence.

Seul maître à bord ?

Cette attente de l’équipe gouvernementale démontre à suffisance que Félix-Antoine Tshisekedi n’est pas le seul maître à bord du navire Union sacrée de la nation. Si Moïse Katumbi semble laisser faire, en ne faisant pas de son quota un préalable et que Jean-Pierre Bemba se contente visiblement de son quota de deux postes, on ne voit pas qui empêche finalement Félix-Antoine Tshisekedi à avancer dans la composition du Gouvernement Sama Lukonde.

A première vue, le blocage actuel ne viendrait pas de Kabila, neutralisé depuis lors avec la fin de la rupture de la coalition FCC – CACH.

Il faut donc rechercher d’autres forces non apparentes qui joueraient un rôle déterminant dans l’entourage du Président de la République. Ces forces ont démontré clairement qu’elles sont capables d’arrêter la marche du soleil. Ce n’est pas seulement au sein de l’UDPS qu’il faut les chercher. Ces forces sont aussi ailleurs. A l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays.

Econews