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«Le peuple gagne toujours !» C’est le testament légué à la nation congolaise par l’activiste Rossy Mukendi, assassiné froidement en février 2018 devant l’église Saint Benoît de Lemba, à Kinshasa, lors d’une marche des chrétiens s’opposant au 3ème mandat de Joseph Kabila. Présentée depuis lors comme la présumée meurtrière de l’activiste, Carine Lokeso, commissaire supérieur adjoint à la Police nationale congolaise, vient d’être déférée devant la Cour militaire. Elle est accusée de «meurtre» et «violation de consigne». Entre-temps, elle est gardée en détention à la prison militaire de Ndolo.

Présentée comme la principale présumée coupable dans l’assassinat de février 2018 de l’activiste Rossy Mukendi Tshimanga, le commissaire supérieur adjoint de la PNC (Police nationale congolaise), Carine Lokeso, a été placée jeudi 1er avril 2021 sous le mandat d’arrêt provisoire, avec détention à la prison militaire de Ndolo.

Au cours de l’audience du 1er avril 2021, le ministère public a conclu, au regard des faits, que Carine Lokeso ne pouvait plus garder son statut de témoin. Elle devrait donc répondre des incriminations de «violation de consigne» et de «meurtre ». Par conséquent, le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Matete, s’est, par un arrêt avant dire droit, déclaré incompétent de la juger au fait de son grade de commissaire supérieur adjoint. Carine Lokeso a été renvoyée devant la Cour militaire.

Au début du procès

A l’ouverture de ce qu’il faut appeler, le procès Rossy Mukendi, au terme des témoignages contradictoires entre les policiers sous le contrôle de Carine Lokeso, le dimanche 25 février 2018, jour de l’assassinat de Rossy Mukendi, suivis du visionnage des images montrant Rossy Mukendi tombé et se tordre des douleurs, le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Matete avait décidé, le 25 mars 2021, de mettre cet officier de la PNC à la disposition du ministère public.

Pendant la phase d’instruction, le juge avait estimé obtenir un «supplément d’informations de la part du ministère public puisque Carine Lokeso a eu à poser certains actes au moment des faits. Nous demandons au ministère public de nous éclaircir sur ces faits importants qui ne sont pas apparus lors de l’instruction pré-juridictionnelle». Et de préciser : «Nous demandons au ministère public de nous éclaircir sur ces faits. Le témoin commissaire supérieur adjoint Carine Lokeso est à la disposition de l’organe de la loi. Nous tribunal, nous ne pouvons pas la convertir en prévenu. Le ministère public est appelé à procéder à son ré-interrogatoire».

Me Richard Bondo, l’un des avocats des parties civiles, pense que Carine Lokeso n’est qu’un maillon d’une longue chaîne de commandement qui a abouti à l’assassinat de Rossy Mukendi. «Carine Lokeso n’est pas seule. Tout a été planifié par le concert préalable qui s’était tenu au District de Lemba où plusieurs officiers généraux et supérieurs de la police qui sont concernés dans cette affaire. Je crois qu’au niveau de la Cour militaire, il y a possibilité que cette même Cour décline également sa compétence au profit de la Haute Cour militaire. C’est pour que les officiers concernés y soient jugés pour participation criminelle », précise-t-il.
Au stade actuel, les parties civiles notent que le droit a été bien dit par le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Matete qui a reconnu Carine Lokeso comme prévenu à la requête de l’organe poursuivant.

L’article 142 du Code judiciaire militaire stipule que « sont justiciables devant le Tribunal militaire de garnison, les membres des Forces armées de grade inférieur au major ainsi que les membres de la police ainsi et de service national de même rang».

L’avocat du policier, poursuivi en même temps que Carine Lokeso, a une autre lecture des faits. «La scène a été mise en œuvre pour qu’on fasse de notre client une victime expiatoire. Nous avons assisté à des témoignages et à des contradictions qui amènent à un doute certain de la responsabilité pénale de Gérard Tokis Kumbu (…) Mon client n’est qu’un sergent et qu’est-ce qu’il va aller faire devant la Cour militaire ».

Trois ans après les faits

La mort de Rossy Mukendi a suscité l’indignation de l’opinion publique. D’autant plus qu’après la violence de la répression des deux dernières marches (une quinzaine de morts, selon l’Église Catholique au Congo, deux selon les autorités), la police congolaise s’était donnée pour objectif de faire «zéro mort».

Pour désamorcer les critiques, 24 heures après, soit le lundi 26 février 2018, le commissariat provincial de la Police/Ville de Kinshasa avait alors diffusé communiqué qui relatait l’arrestation d’un brigadier soupçonné d’avoir «tiré des balles en caoutchouc à moins de 20 mètres sur Mukendi Rossy». Selon la PNC, le policier en question aurait agi ainsi en «voulant défendre son commandant d’unité, en la personne du ComSupAdjt (sic) Lokeso Koso Carine devant une foule hostile qui les agressait ».

Le même jour, sur les ondes de Radio Okapi, le colonel Pierrot Muanamputu, porte-parole de la Police nationale, avait qualifié Rossy Mukendi de «fauteur de troubles».

Trois ans après les faits, l’assassinant de Rossy Mukendi est entouré d’un grand mystère. Rossy Mukendi a-t-il vraiment succombé à des tirs de balles en caoutchouc ?

A l’époque des faits, la version de la police a été sérieusement mise à mal par les constatations du docteur-directeur François Kajingulu, de l’hôpital Saint-Joseph de Limete.

Interrogé par Jeune Afrique, celui-ci avait indiqué «avoir procédé à l’inspection visuelle du cadavre, qui présente deux orifices». «Je suis catégorique sur le fait que les impacts ont été causés par une ou deux balles réelles, et non en caoutchouc», déclare-t-il.

Autre interrogation : le brigadier arrêté a-t-il réellement tiré pour protéger sa supérieure d’une foule hostile ? Bien que sujettes à caution, les images diffusées sur les réseaux sociaux montraient des fidèles pacifiques et non armés.

Des témoins, interrogés à l’époque par Jeune Afrique, avaient également livré des versions contradictoires sur l’origine des tirs, l’un affirmant que c’est le supérieur lui-même qui a tiré sur Rossy Mukendi, l’autre déclarant que le brigadier a agi sur ordre direct de sa hiérarchie.

Le 21 septembre 2018, l’avocat de la famille éplorée avait déposé une plainte auprès de l’auditeur général des FARDC contre 10 personnes, dont le patron de la police de Kinshasa, le général Sylvano Kasongo, pour le meurtre de Rossy.

Le procès de l’affaire Rossy a été suspendu en octobre 2018 à la demande de sa famille, après le refus du tribunal militaire chargé de l’affaire d’enquêter sur un agent de police que la famille de Rossy et des témoins croyaient être le véritable coupable du meurtre de Rossy.

Aujourd’hui, avec l’ouverture de ce procès, c’est à la Cour militaire d’établir enfin la vérité sur la mort, en février 2018, de Rossy Mukendi Tshimanga.

Econews avec C.M. (CP)