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Sans incident, et sans passion non plus, la campagne aura été marquée par l’omniprésence du président sortant Denis Sassou-Nguesso. © ALEXIS HUGUET/AFP

Pendant qu’à Mpila, la liesse était observée pour les partisans de Sassou-Nguesso, déclaré réélu, le reste de Brazzaville marquait sa surprise dans le calme.

Une élection à la soviétique ?

La question brûle les lèvres à l’écoute des résultats provisoires de la présidentielle du 21 mars. Le Ministre de l’Intérieur, Raymond-Zéphirin Mboulou, a commencé à les énumérer à partir de 15 heures, mardi, sur la chaîne Télé Congo. Et les scores obtenus par le président sortant Denis Sassou-Nguesso sont régulièrement au-dessus de 95%. Ils bondissent même à 100 % dans certaines sous-préfectures, y compris dans le Kouilou, département du sud-ouest connu pour être plus frondeur vis-à-vis du pouvoir.

Ses deux principaux adversaires, Guy-Brice Parfait Kolelas (Union des démocrates humanistes-Yuki) – décédé lundi matin – et Mathias Dzon (Alliance pour la République et la démocratie), recueillent de fait des scores souvent inférieurs à 1 %. Au niveau national, Denis Sassou-Nguesso est crédité de 88,57 % des suffrages et élu dès le premier tour. Le «coup KO» martelé au fil de la campagne électorale prend toute sa dimension. Guy-Brice Parfait Kolelas et Mathias Dzon obtiennent respectivement 7,84 % et 1,9% des voix. Les quatre autres candidats en lice végètent entre 0,15 et 2 % des suffrages.

Scènes de liesse à Mpila

À Saint-Denis, dans le quartier Mpila de Brazzaville, où est basé le QG de campagne blanc immaculé du Parti congolais du travail (PCT), le parti au pouvoir, des centaines de militants alignés sur les trottoirs et gardés par des bérets rouges (garde présidentielle) entonnent « Sassou va gagner» au fil de la publication des résultats.

Télé Congo est retransmise en direct sur un écran géant installé à l’angle du bâtiment et les images se juxtaposent à celles filmées à l’intérieur du QG. On y voit le président sortant Sassou-Nguesso accoudé à l’extrémité d’un canapé rouge, impassible. Alignés derrière, des membres du bureau politique du PCT, des représentants d’institutions. Leurs applaudissements convenus ponctuent les annonces des scores écrasants recueillis dans certaines localités.

À 17 h 30, le gagnant sort saluer ses militants, du haut de la terrasse du QG. Il fait le signe de la victoire. Les cris fusent. Un béret rouge, sourire béat, lève les yeux et rompt la chaîne qui encadre les militants. Mais il n’y a aucun débordement. «On soutient le président depuis toujours, assure Bergère, 33 ans, casquette et tee-shirt jaune à l’effigie de Sassou-Nguesso. Avec lui, il y a la paix, et tout fonctionne à merveille ici. Il paie bien, il paie bien les salaires. Lissouba [Pascal Lissouba, président de la République entre 1992 et 1997, NDLR], il n’a rien foutu». «Les autres (les opposants), ils ne sont pas capables, c’est pourquoi on soutient le président. Avec Lissouba, on a eu la guerre. Mais, avec le président Sassou Nguesso, on a des écoles et des universités», complète Adam, chauffeur de 42 ans et père de deux enfants.

Soirée calme à Brazzaville

En dehors du périmètre du QG de campagne du PCT, on ne voit guère de scène de liesse à Brazzaville. Alors que la nuit tombe, le centre-ville se vide. «Ah bon, les résultats ont été annoncés ? » réagit mollement un chauffeur de taxi, sans pour autant s’enquérir du nom du gagnant. «Mais on sait déjà, on n’a pas besoin d’écouter les résultats », embraye un passager.
Du côté de l’UDH-Yuki, un cadre du parti est sonné par les chiffres qui ne « reflètent pas la réalité de la campagne ».

«On ne sait pas si on doit rire ou pleurer », dit-il. « On aurait préféré que les montants investis par le PCT dans sa campagne électorale soient investis dans le développement du pays plutôt que dans ce simulacre d’élection», commente le porte-parole de l’UDH-Yuki, Justin Nzoloufoua.

«Au Congo, on n’organise pas les élections pour les perdre», confie Clément, économiste au chômage de 36 ans.

Avec sa «copine», ils boivent un soda orange au son du «Ndombolo» diffusé par un des nombreux maquis bordant la rue principale du quartier Château d’eau, dans le sud de la capitale. Un territoire plutôt pro-Kolelas. D’un côté de la route bondée de taxis et de minibus, le quartier est plongé dans le noir depuis le matin. Clément, tiré à quatre épingles, chaussures noires et blanches à la Al Capone, n’était pas au courant, lui non plus, des résultats provisoires de la présidentielle. L’événement marquant reste, pour lui, le décès du candidat Parfait Kolelas.

«J’avais voté pour lui. C’était l’unique personne qu’on avait pour dire «ne tuez pas ce pays». Le Congo est divisé en deux parties, et nous, on fait partie de ceux qui n’ont rien. Il n’y a pas de travail, on est à la traîne. Et, si on revendique, le pouvoir sort les armes. J’ai vraiment une blessure intérieure ». Autour de lui, le quartier s’anime de plus en plus. Les files d’attente se forment devant la boulangerie libanaise, le centre de paris sportifs Congo Bet se remplit. Une soirée comme les autres.

Econews avec Le Point Afrique