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Le professeur Vincent Ngonga Nzinga

Une vingtaine d’étudiants de deuxième licence en économie du développement de l’Université de Kinshasa ont suivi, avec attention, leur première séance de cours des Stratégies et Politiques de Développement dispensé par le professeur Vincent Ngonga Nzinga. Ce dernier, directeur de cabinet du ministre des Finances, les a accueillis dans les locaux du ministère, le vendredi 19 mars 2021.

L’intitulé très évocateur de cette matière - stratégies et politiques de développement - donne le ton sur les objectifs de ce cours qui va au-delà de généralités et de la pensée purement théorique. La posture est offensive car il s’agit de donner aux apprenants les outils nécessaires pour l’amorce d’un véritable décollage économique, base du développement.

Selon le professeur d’économie Vincent Ngonga, « le développement s’entend comme une transformation des structures économiques, institutionnelles, sociales, démographiqueset mentales s’accompagnant surtout de la croissance économique inscrite dans la durée et sa prolongation dans le temps ».

Il a tenu à préciser à son auditoire qu’avant le développement était considéré comme une exception car l’apanage du seul monde occidental au point que l’Occident a été considéré comme un « accident » (du développement). Cette définition met en exergue que le développement s’inscrit bien dans le moyen et le long terme. Aujourd’hui, le développement n’est plus l’apanage de quelques nations. Il n’est plus une exclusivité.

Le développement, ses conditions ou ses préalables

Le développement exige principalement trois types de conditions : économiques, institutionnelles et des capacités humaines. Les conditions économiques peuvent se résumer en la stabilisation économique, la croissance économique et un niveau minimal d’infrastructures. Les préalables institutionnelles comprennent la stabilité institutionnelle, le leadership et, en troisième lieu, la paix et la sécurité. Le troisième prérequis du développement ou les capacités humaines sont les éléments constitutifs des leviers pour la gestion d’un Etat moderne.

La stabilisation macroéconomique

C’est un terme auquel ont été habitués les Congolais. Si elle est une des conditions économiques, elle n’est pas une fin en soi mais un moyen pour une croissance durable «porteuse» de développement. La stabilisation macroéconomique repose sur trois piliers essentiels : la stabilité du niveau général des prix, la stabilité du système fina-ncieret le caractère soutenable des comptes extérieurs. La stabilité générale des prix (et du taux de change) signifie moins d’inflation et pas de déflation.

A ce propos, John-Maynard Keynes avait l’habitude de dire : «la déflation est pire que l’inflation». La stabilité du niveau général des prix est une situation où l’inflation est sous contrôle. La stabilité financière est la situation où le risque de faillite généralisé ou celui de crise systémique du système financier et monétaireest évité.

En RDC, le système bancaire est globalement stable et le risque systémique est sous contrôle. Le caractère soutenable ou la viabilité des comptes extérieurs est tout simplement la soutenabilité de la balance extérieure. C’est l’examen de différentes composantes de la balance de paiement qui permet d’en déterminer sa viabilité.

En effet, la balance de paiement est viable dans le cas où le déficit de son compte courant (il s’agit de la balance des biens et de celle des services) est compensé par des flux ou entrées durables de capitaux enregistrés dans la balance des capitaux. Depuis 1960, la RDC n’a enregistré que trois années dans ce cas de figure : 1970 et deux ans de la gouvernance du Premier Ministre Matata, soit 2013 et 2014.

La croissance économique

La croissance économique est indispensable au développement du moment qu’elle s’inscrit dans la durée c’est-à-dire sur les moyen et long termes. La variation du Produit intérieur brut per capita (PIB par tête) demeure la mesure de la croissance économique. Cette dernière doit être supérieure à la croissance démographique. La croissance économique doit être un phénomène durable dans le temps, mais elle doit se manifester dans deux secteurs pour atteindre le développement : l’agriculture et l’industrie. Ces deux secteurs portés par une croissance économique durable ne peuvent qu’amener au développement.

Point n’est besoin de discours pour démontrer l’importance des infrastructures pour tout pays et pour son développement. On peut se rappeler les mots d’Henry Morton Stanley : «Sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny !». On comprend mieux l’importance que revêt l’aménagement du territoire.

Les conditions institutionnelles

Les conditions institutionnelles du développement reposent sur trois piliers qui sont : la stabilité institutionnelle, le leadership ainsi que la paix et la sécurité. Le nombre impressionnant de gouvernements qui se sont succédé en RDC en dise long sur la stabilité politique, les performances des exécutifs nationaux et leurs résultats en termes de développement. Le leadership est une question qui s’est invitée dans les questions institutionnelles. Il s’entend comme la capacité d’avoir une vision, des objectif et de diriger les autres.

Pour comprendre le leadership et la vision, voici une citation de Nelson Mandela devenu célèbre : « Une vision qui ne s’accompagne pas d’actions n’est qu’un rêve. Une action qui ne découle pas d’une vision, c’est du temps perdu. Une vision suivie d’action peut changer le monde ». Il est indéniable que la paix et la sécurité sont les conditions primaires de tout développement.

Les capacités humaines

Il s’agit du troisième groupe de conditions pour le développement. Les capacités humaines sont les éléments constitutifs des leviers pour la gestion d’un Etat moderne, selon le professeur Ngonga Nzinga. Ce dernier insiste sur le fait que l’organisation des Etats modernes est telle qu’aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir des capacités humaines selon les différents secteurs. Et justement en RDC, le manque de capacités professionnelles dans bien des domaines est un obstacle majeur au développement. Cette situation peut s’expliquer par le fait qu’à l’université comme dans les instituts supérieurs, la formation dispensée ne colle pas avec les réalités professionnelles dans les secteurs public et privé.

L’université doit former ses apprenants à la recherche fondamentale et à la gestion de la Cité. Les capacités humaines dont il est question sont justement celles qui permettent à ceux qui les possèdent de mettre en œuvre ou de gérer des politiques opérationnelles.

A titre d’exemples, un expert ou fonctionnaire du ministère du Budget doit maîtriser le Plan d’Engagement budgétaire (PEB) et celui des Finances, le Plan de Trésorerie (PTR). Ce n’est pas aux études que l’on apprend à manipuler le PEB ou le PTR, mais ils sont essentiels pour le travail dans ses deux ministères.

Pour l’étude des quatre secteurs de l’économie (réel, le tableau des opérations financière de l’Etat, la Balance de paiement et la situation monétaire intégré), les experts, par ailleurs proche de la retraite, se comptent sur les doigts de la main et ce, avec aucune relève assurée.

Dans le domaine des assurances, la RDC n’a eu qu’un spécialiste de l’actuariat qui a déjà pris sa retraite depuis des années. On peut multiplier les exemples de ce peu ou manque de capacités humaines dans d’autres politiques sectorielles comme celle pour l’industrie, pour l’agriculture, pour l’aménagement du territoire etc. La formation de l’enseignement supérieur et universitaire est à l’origine de ses tares car elle forme des généralistes ou des diplômés pas du tout préparés aux réalités du terrain. Le développement passera nécessairement par la réforme de l’enseignement à tous les niveaux en RDC.

Jean-Louis Miasuekama (CP)