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Il était présenté comme le seul rescapé du bureau Alexis Thambwe Mwamba au Sénat. C’est le seul dont le poste n’a pas été soumis au vote par le bureau d’âge de la chambre haute du Parlement. Finalement, à la surprise générale, Samy Badibanga a décidé vendredi dernier, de démissionner de son poste de 1er vice-président du Sénat pour des raisons, a-t-il dit, de « convenances personnelles ». En réalité, Samy Badibanga, l’un des ténors de l’Udps, le parti présidentiel, a servi de fusible pour sauver une Union sacrée de la nation qui peine à décoller.

Samy Badibanga qui était jusqu’alors 1er vice-président du Sénat a démissionné, vendredi dernier. C’est le président du tout nouveau bureau de la chambre haute du Parlement, Modeste Bahati Lukwebo, qui s’est chargé d’annoncer la nouvelle à la presse, avec à ses cotés, le démissionnaire Badi-banga.

On ne sait pas exactement ce qui s’est passé. Mais, pour l’intéressé, sa démission surprise est dictée par des raisons de «convenances personnelles». Ce qui alimente davantage la polémique.
Qu’est-ce qui se cache derrière ces raisons aux contours flous ? A-t-il subi de pression pour ne pas gêner le nouveau président du Sénat ? Difficile à dire.

Toujours est-il que la succession des faits, depuis l’arrivée, le mercredi 3 mars à Kinshasa, de Moïse Katumbi, président d’Ensemble pour la République, pourrait s’avérer comme une bonne piste à explorer pour comprendre enfin les dessous de la démission de Badibanga.

On se rappelle que Samy Badibanga a été le seul membre de l’équipe Thambwe Mwamba qui avait résisté à la vague déferlante qui s’est abattue sur la Chambre haute du Parlement. Visé par une motion portée par des sénateurs proches du FCC de Joseph Kabila, Samy Badibanga a été sauvé de justesse, préservant son poste de 1er vice-président du Sénat.

Moins d’une semaine après l’élection des membres du bureau du Sénat, Samy Badibanga a fait volte-face de manière spéctaculaire, renonçant finalement à son poste. Dans la ville haute, les commentaires sont allés dans tous les sens. Toute la ville en parle, mais personne ne sait dire exactement ce qui a poussé Badibanga à rendre le tablier.

La main invisible de Katumbi

Pour comprendre la démisison de Samy Badibanga, il faut se tourner vers Moïse Katumbi. En séjour de deux jours à Kinshasa, soit du 3 au 5 mars 2021, Moise Katumbi a fait basculer la donne jusqu’à avoir la tête de Badibanga. Le leader d’Ensemble pour la République, qui pèse pour plus de 70 députés nationaux au sein de l’Union sacrée de la nation, n’a pas apprécié l’échec de son délégué, José Endundo Bono-nge, au poste de 2ème vice-président du Sénat.

Se sentant marginalisé, Katumbi a vite fait de remettre en cause son appartenance au courant politique porté par le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Il s’agit, dans un premier temps, de rééquilibre les forces au niveau du bureau du Sénat en prenant en compte le poids politique de Katumbi. Mais, comment y arriver ? Pendant son séjour, c’est l’exercice auquel se sont appliqués l’état-major politique de Félix Tshisekedi et celui de Katumbi. Finalement, le fusible a été vite fait : sacrifier Badibanga pour placer un proche de Katumbi au nouveau bureau du Sénat.

C’est dire que les raisons de «convenances personnelles» dont a fait allusion Samy Badibanga ne sont qu’une manière de maquiller la vérité. Badibanga a été sacrifié pour ne pas gêner Katumbi. Tous les indices valident cette hypothèse.

Evidemment, Badi-banga ne pouvait être envoyé à la guillotine sans une contrepartie conséquente. Nombre d’analystes le voient déjà atterrir au Gouvernement Sama Lukonde en prenant la direction d’un juteux portefeuille ministériel, en très bonne position dans l’échelle gouvernementale. A ce stade, ce ne sont que de simulations. Rien n’est encore joué.

On sait néanmoins qu’un proche de Katumbi devrait hériter du poste de vice-président du Sénat. Si on prend en compte le critère de la répartition géographique convenu dans l’architecture du bureau de la chambre haute du Parlement, le quota à ce poste devrait vraisemblablement revenir au Grand Kasaï. Sur qui Katumbi portera-t-il son dévolu ? Le mystère reste tout entier.

Les douleurs d’enfantement

Que retenir de cet épisode ? En réalité, la démission de Badibanga est à inscrire dans les rangs des douleurs d’enfantement de l’Union sacrée de la nation. Est-ce à dire qu’on n’est pas au bout d’autres surprises ? Pour l’instant, aucun cas de figure n’est exclu.

Déjà, les conditions dans lesquelles s’est créée l’Union sacrée de la nation imposent de durs ajustements à mi-parcours. Il ne faut pas non plus oublier qu’à ce jour, aucun acte n’a encore formalisé cette Union. C’est juste un projet lancé par le chef de l’Etat auquel ont adhéré différents courants politiques aux idéologies diverses. En réalité, l’Union sacrée de la nation est née sur les cendres de la coalition FCC – CACH, dans lesquels s’est greffée l’aile modérée de LAMUKA, la plateforme qui avait porté la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle de 2018.

En attendant que les uns et les autres se mettent d’accord et apprennent à se connaître, Félix Tshisekedi, qui se présente comme le chef de file de ce courant politique, doit s’imposer des arbitrages parfois très difficiles. Sans doute pousser Badibanga à la démission n’aura-t-il pas été une partie de plaisir pour le chef de l’Etat. Sa décision est passée par de sérieuses simulations politiques en laboratoire. Un pari risqué – à maints égards d’ailleurs.

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