Confession de Freddy Matungulu : la BAD attend des signaux qui rassurent pour intensifier son action en RDC

Arrivé le samedi 2 novembre 2019 à Kinshasa pour des consultations avec les autorités congolaises, le professeur Freddy Matungulu, administrateur de six pays de l’Afrique centrale, dont la RDC, à la BAD, a bouclé jeudi sa mission par une note satisfaisante. Si le professeur Matungulu confirme la volonté de la BAD d’accroitre ses interventions en RDC, aussi bien en projets qu’en termes d’appuis budgétaires, il rappelle cependant que la RDC doit envoyer des signaux qui rassurent, notamment dans la mise en œuvre des réformes « ambitieuses ».

Administrateur de la RDC à la Banque africaine de développement (BAD), le professeur Freddy Matungulu vient de boucler à Kinshasa ses consultations auprès des autorités congolaises. Des séances de travail qui lui ont permis de se fixer sur les priorités du gouvernement congolais dans les domaines économique et social pour s’assurer que « les engagements de la BAD sont en cohérence avec les objectifs du pays ».

Devant la presse qu’il a conviée à un échange, jeudi au Fleuve Congo Hôtel, Freddy Matungulu se dit satisfait de « large et bon tour d’horizon » sur les priorités du gouvernement dans divers secteurs de la vie nationale. Il a notamment salué la ferme détermination du gouvernement à parachever « le plus rapidement possible » le Plan national stratégique de développement. « Si ce plan est bouclé, toutes les actions de la BAD seront désormais menées dans ce cadre », a dit le professeur Matungulu.

Evidemment, avec son portefeuille projets, qui se chiffre à ce jour à 1,5 milliards Usd, la Banque africaine de développement est disposée à faire plus, a rappelé le professeur Matungulu. Il y a cependant des conditions auxquelles la RDC devra se soumettre. Il s’agit de continuer et d’intensifier la mise en œuvre des réformes dans l’amélioration du climat des affaires pour donner plus de visibilité au secteur privé et dans la gestion des finances publiques, spécialement dans les régies financières pour accroître la capacité de mobilisation des recettes.

Le passage obligé

Quoi qu’il en soit, le professeur Matungulu pense qu’au regard de l’optimisme affiché par les autorités congolaises, la RDC peut y arriver. « Il y a une fenêtre d’opportunités qui s’ouvre pour la RDC. Il est important que cette fenêtre soit saisie en mettant en œuvre des réformes ambitieuses pour renforcer le potentiel de croissance en RDC », note le professeur Matungulu. Il a, à cet effet, rappelé la nécessité pour le gouvernement de la RDC de conclure un programme formel avec le Fonds monétaire internationale, car « les autres partenaires au développement vont inscrire leur soutien dans ce cadre ».

Au moment où la RDC cherche à élargir son espace budgétaire pour faire face aux nombreux défis de développement, peut-on encore espérer à des appuis budgétaires de la BAD ? Le professeur Matungulu y croit. Tout, selon lui, s’est réduit dans la volonté de poursuivre les réformes. « Si les réformes sont lancées et maintenues sur la bonne voie, la BAD va intervenir davantage qu’elle l’a fait dans le passé. Les appuis budgétaires sont donc possibles », lance-t-il.

C’est dire que pour obtenir plus d’engagements de la BAD, tout comme d’autres partenaires au développement, tout dépend du sérieux des autorités congolaises, note le professeur Matungulu, à bien gérer. « Il faut démonter à la communauté internationale qu’on peut mieux gérer en interne pour se créer de l’espace budgétaire. Il y a de pavés de réformes qu’il faut engager dans différents compartiments de la vie nationale pour lever toutes les contraintes qui pèsent sur l’économie congolaise », préconise l’administrateur de la RDC à la BAD.

A tout prendre, la BAD, à l’instar d’autres partenaires de la RDC, tels que la Banque mondiale, a également les yeux rivés sur les discussions que la RDC mène actuellement avec le FMI en vue de parvenir à la conclusion d’un accord formel au titre de la Facilité élégie de crédit. C’est le verrou qu’il faut obligatoirement lever pour espérer obtenir plus de fonds aussi bien en termes de crédits projets que d’appuis budgétaires de la Banque africaine de développement.

Le plus important est qu’à Kinshasa, le professeur Freddy Matungulu dit avoir senti cette volonté politique de faire bouger les choses – dans le bon sens d’ailleurs. Selon lui, il est temps de traduire maintenant tous ces engagements dans les actions. C’est tout ce que, dit-il, la communauté financière internationale attend de Kinshasa pour enfin délier le cordon de sa bourse et, éventuellement apporter des appuis budgétaires conséquents à la RDC.

Econews