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La mort lundi sur le sol du Nord-Kivu de l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio, de son garde du corps Vittorio Lacovacci et du chauffeur congolais Mustapha Milambo a créé une onde de choc qui s’est répandue au-delà des frontières de la RDC. Il y a cependant des questions qui restent encore sans réponses. Comment le diplomate italien s’est retrouvé sans escorte ni de la Monusco ni de l’armée congolais ou encore de la Police nationale sur une zone reconnue instable. Qu’y avait-t-il de si urgent dans cette livraison du Programme alimentaire mondial (PAM) au point de nécessiter son déplacement, loin de son poste de travail, Kinshasa. Les autorités congolaises promettent une enquête pour élucider cette énigme. Quoi qu’il en soit, un avion de l’armée de l’air italien a décollé mardi, depuis l’aéroport de Goma, pour le rapatriement des dépouilles du diplomate et de son garde du corps vers Rome.

Les versions divergent sur le triple assassinat de l’ambassadeur d’Italie en RDC, Luca Attanasio, de son garde du corps et du chauffeur congolais Mustapha Milambo lundi sur la route Goma – Rutshuru.
Si on sait que le cortège du diplomate italien est tombé dans une embuscade, on a encore du mal à nommer réellement les commanditaires de cet acte dont les échos sont allés au-delà des frontières de la République Démocratique du Congo.

Pour le moment, on sait aussi que le diplomate italien s’est retrouvé dans une délégation du PAM en route pour la supervision d’un programme dans le territoire de Rutshuru.

Son cortège, composé selon les témoignages recueillis sur place, de deux véhicules du PAM ont été pris dans une embuscade. L’échange de tirs qui s’en est suivi a été fatal pour les trois infortunés. Les sources provinciales indiquent que l’attaque, menée avec des armes légères, aurait été une tentative d’enlèvement. Le convoi, dit-on, a été attaqué par au moins six personnes.
Les non-dits

Qu’est-ce que le diplomate italien faisait dans la délégation du PAM, alors que cet organisme spécialisé des Nations Unies dispose de la logistique nécessaire pour assurer ses opérations sur le terrain ? Pourquoi le convoi de l’ambassadeur n’était encadré par aucun dispositif de défense aussi bien de la Monusco, en grand nombre dans cette partie de la RDC, que des éléments des FARDC (Forces armées de la RDC) ou de la PNC (Police nationale congolaise). Voilà des questions qui restent encore sans réponses.

Juste après ce drame, survenu lundi dans la matinée, Kinshasa a vite mis en cause les rebelles rwandais des FDLR. La réplique de la direction politique de FDLR n’a pas tardé.

Dans un communiqué signé par son porte-parole, tout en condamnant cet assassinat «lâche », les FDLR ont démenti «catégoriquement les propos des autorités congolaises qui les accusent d’en être l’auteur avant même une enquête sérieuse à ce sujet ».

Depuis Bruxelles où il s’est trouvé en réunion avec les chefs de la diplomatie de 27 pays de l’Union européenne, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, se dit consterné. « Aujourd’hui, l’Italie pleure la perte de deux de ses fils et embrasse leurs familles », a réagi dans une déclaration Luigi Di Maio, qui a exprimé également son «grand choc et son immense chagrin» face à ces meurtres «brutaux ». «Tous les efforts seront faits pour faire la lumière sur ce qui s’est passé », a-t-il promis.

Kinshasa sous pression

Alors que le chef de l’Etat vient de dépêcher à Goma une équipe de la Présidence de la République pour que « la lumière soit faite sur ce crime dans les meilleurs délais et que leurs auteurs soient identifiés et traduits devant la justice », dans une déclaration à la presse depuis New-York (Etats-Unis), les membres du Conseil de sécurité ont souligné lundi « la nécessité de traduire en justice les auteurs de cet acte». Ils ont réaffirmé que « leur détermination à soutenir le peuple de la République démocratique du Congo ne serait pas diminuée du fait de cet acte ou de tout autre acte de ce genre ».

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé, pour sa part, au gouvernement congolais «d’enquêter rapidement sur cette attaque odieuse d’une mission conjointe des Nations Unies sur le terrain et de traduire les auteurs en justice», a dit son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration à la presse.

Le chef de l’ONU a réaffirmé que l’Organisation continuerait d’appuyer le gouvernement et le peuple congolais dans leurs efforts pour instaurer la paix et la stabilité dans l’est du pays.

Lors d’un point de presse à New York, le chef des opérations de paix des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, s’est fait l’écho du message du Secrétaire général de l’ONU. Il a déclaré que l’ONU « appuiera l’enquête » qui sera menée concernant cette attaque.

«Cela met en évidence le fait que malgré tous les efforts que nous avons déployés et (…) qui ont abouti à une amélioration significative de la sûreté et de la sécurité de nos soldats de la paix, il y a beaucoup à faire », a-t-il ajouté, soulignant que les opérations de paix travaillent dans des environnements extrêmement difficiles.

La presse italienne Reppublika révèle qu’un 3ème italien a survécu à l’attaque. Il s’agit de Rocco Leone, directeur adjoint des services du Programme alimentaire mondial, un des témoins clé dans le cadre des enquêtes ouvertes en RDC et par le parquet de Rome.

A Kinshasa, le Président de la République a réuni mardi en urgence le Conseil national de sécurité a pris un train de mesures.

Selon Mme Marie-Thérèse Tumba Nzeza, la cheffe de la diplomatie congolaise, qui s’est exprimée à la presse, deux décisions importantes ont été prises : « les ambassadeurs et autres responsables des représentations ne peuvent plus quitter Kinshasa pour l’intérieur du pays sans en informer le chef de la diplomatie congolaise et les services compétents ; l’engagement ferme a été pris pour renforcer la sécurité dans les zones rouges, c’est-à-dire les parties de la RDC, considérées comme à haut risque ».

Hugo Tamusa