Semaine décisive pour d’éventuels appuis budgétaires en 2020 : des experts de la BAD et du FMI en prospection à Kinshasa

En 2020, la République démocratique du Congo aura besoin des fonds nécessaires pour faire face aux nombreux défis inscrits dans le programme du chef de l’Etat, notamment la gratuité de l’éducation de base et le financement de grands travaux de reconstruction. D’ores et déjà, pour l’exercice budgétaire 2020, le gouvernement mise sur un budget équivalent à 10 milliards de dollars américains. Mobiliser des recettes pour atteindre ce plafond est la mission dévolue au ministre des Finances, Sele Yalaghuli.

Si l’argentier national a promis d’engager des réformes structurelles et opérationnelles pour faire tourner en plein régime la machine interne de mobilisation, représentée essentiellement par les trois régies financières (DGI, DGDA et DGRAD), le gouvernement compte en même temps sur l’accompagnement des partenaires extérieurs en termes d’appuis budgétaires.

Les plus ciblés sont évidemment la Banque africaine de développement et les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale). Après les discussions menées préalablement par le ministre Sele Yalaghuli d’un côté, à Washington avec le FMI et la Banque mondiale, et de l’autre, à Abidjan avec la BAD, l’heure est aux grandes tractations.

C’est à Kinshasa que se joue la grande partition. Les premiers délégués à fouler le sol congolais sont ceux de la Banque africaine de développement. Ils sont annoncés à partir du 4 novembre 2019 à Kinshasa pour boucler des discussions avec les autorités congolaises en vue de définir les règles d’un appui budgétaire pour l’exercice 2020.

L’équipe aura à sa tête son vice-président pour l’Afrique centrale et le professeur Freddy Matungulu, administrateur des pays de l’Afrique centrale au Conseil d’administration de la BAD.

Le FMI arrive du 6 au 15 novembre

Parallèlement à la Banque africaine de développement, le FMI va également déléguer dans la capitale les experts de son département Afrique pour approfondir les discussions entamées dernièrement à Washington par le ministre des Finances, Sele Yalaghuli.

Une mission de son Département Afrique est prévue à Kinshasa, du 6 au 15 novembre 2019, pour finaliser la définition des repères en vue de la conclusion d’un programme intérimaire de 9 mois, à mettre en œuvre entre janvier et septembre 2020. Ce programme transitoire est censé baliser la voie en vue de la conclusion d’un accord formel au dernier trimestre 2020 qui devra lier pour trois ans la RDC au FMI, assorti d’importants appuis à la Balance des paiements.

Au gouvernement, plus particulièrement au ministère des Finances, on se prépare activement pour aborder toutes ces échéances. Tout est mis en œuvre pour parvenir le plus rapidement possible à un accord aussi avec la BAD que le FMI. La Banque mondiale n’est pas à l’écart. Elle, qui a déjà promis d’engager 5 milliards Usd sur 5 ans en faveur de la RDC aussi bien en appuis budgétaires qu’en crédits projets, n’attend plus que les conclusions des pourparlers entre la RDC et le FMI pour définir clairement une ligne de conduite. Toujours est-il qu’à Washington, Sele Yalaghuli a obtenu un accord de principe de la Banque mondiale pour son soutien en termes d’appuis budgétaires à la gratuité de l’enseignement de base et au soutien aux investissements dans les secteurs de la santé et des infrastructures.

La moisson des Assemblées annuelles de Washington

En marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, organisées du 14 au 20 octobre 2019 à Washington (Etats-Unis), le ministre des Finances Sele Yalaghuli a longuement échangé autant avec l’équipe du FMI que celle de la Banque mondiale. Les échanges avec les services du FMI et du Groupe de la Banque mondiale ont porté sur : la situation économique en RDC ; les prochaines étapes requises pour la conclusion d'un programme soutenu par la Facilité Elargie de Crédit du FMI ; le financement de la Banque mondiale au titre d'appui budgétaire et à la gratuité de l'enseignement de base et ; le soutien de la SFI à l'amélioration de la compétitivité de l'économie congolaise. En ce qui concerne la situation économique, Sele Yalaghuli a vanté les efforts fournis par le Gouvernement pour préserver la stabilité macroéconomique dans un contexte d'absence d'appuis budgétaires et d'appuis à la balance des paiements.

Nous avons, en outre, relevé que la situation économique est devenue préoccupante, considérant la position débitrice du Gouvernement auprès de la Banque Centrale du Congo, le faible niveau des réserves internationales et la nécessité de financer le programme de réhabilitation des infrastructures de base et de la gratuité de l'enseignement.

Dans l'ensemble, le FMI et la Banque mondiale ont félicité la RDC pour le maintien de la stabilité monétaire dans un contexte difficile et ont recommandé vivement la conclusion d'un programme formel avec le FMI afin d'ouvrir au pays les opportunités d'appuis des partenaires bi et multilatéraux.

Au sujet de la conclusion d'un programme formel, les discussions avec les services du FMI ont abouti à ce qui suit : les services du FMI se sont engagés à solliciter au Conseil, le 16 décembre 2019, un financement au titre de la Facilité de Crédit Rapide d'environ 300 millions USD, en faveur de la RDC.

Il s'agit d'un appui à la balance des paiements pour renforcer le niveau des réserves internationales du pays jugé trop bas ; la RDC n'ayant plus été en programme avec le FMI depuis le 10 décembre 2012, un programme de référence de 6 mois avec deux dates test (décembre 2019 et mars 2020) sera mis en place pour permettre au pays de se constituer un bilan de reformes et de mise en œuvre efficace des politiques économiques. Les repères quantitatifs et structurels de ce programme de référence devront être réalistes et suivis directement par le ministère des Finances (Arrêté du Ministre des Finances) ou la Banque Centrale (Instructions du Gouverneur) ; les discussions en vue de la conclusion d'un programme triennal vont commencer à fin avril 2020 avec pour objectif de soumettre le dossier de la RDC au Conseil du FMI en juillet 2020.

Dans cette perspective, il est prévu deux missions parallèles qui constituent des préalables à un programme. Il s'agit de la mission d'évaluation de la gouvernance prévue en décembre 2019 et de la mission d'évaluation du dispositif de sauvegarde de la Banque Centrale fixée pour le mois de janvier 2020. La mission d'évaluation de la gouvernance va se concentrer, notamment sur la gouvernance du secteur public (finances publiques, entreprises publiques) ainsi que le cadre juridique et institutionnel de lutte contre la corruption. Un rapport d'évaluation sera élaboré et constituera la nouvelle stratégie nationale de gouvernance et de lutte contre la corruption.

En vue d'assurer le passage du dossier de la RDC au Conseil d’administration du FMI, Sele Yalaghuli a engagé un intense lobbying. Il a rencontré à cet effet les administrateurs pour la France, la Chine, la Belgique et les Etats-Unis d'Amérique en vue de solliciter leur soutien. Ces derniers ont rassuré de leur soutien et ont recommandé, principalement des efforts dans l'amélioration de la gouvernance.

Avec la Banque mondiale, les échanges au plus haut niveau ont attesté la volonté de différents services de cette institution d'accompagner le Gouvernement dans le financement de la gratuité de l'enseignement de base et l'obtention d'appuis budgétaires. Ainsi, à l'issue des échanges, il a été convenu la finalisation du projet sur le secteur de l'éducation de 1 milliard USD pour soutenir la gratuité de l'enseignement de base prôné par le Président de la République Féli Tshisekedi. Ce projet devrait être présenté au Conseil de la Banque mondiale en février 2020.

Néanmoins, les services de la Banque ont soulevé des préoccupations au sujet de la gouvernance dans le secteur de l'éducation, la gestion des ressources humaines et la viabilité, à long terme, de la gratuité de l'enseignement. Dans ce cadre, la Banque mondiale a vivement recommandé d'accélérer les réformes visant l'amélioration de la mobilisation des recettes; la finalisation du dossier d'appui budgétaire de 1 milliard de USD en vue de sa présentation au Conseil de la Banque en juillet 2020, au moment de la conclusion du programme formel avec le FMI.

A cet effet, des discussions approfondies devraient être poursuivies à Kinshasa pour redéfinir les mesures préalables adossées à cet appui budgétaire en vue de les rendre réalistes. En même temps, la Banque mondiale a promis la préparation d'un projet de protection sociale d'un montant de 360 millions USD dans les zones touchées par des conflits, telles que l'Est et le Grand Kasaï; Parallèlement à ces activités, la délégation conduite par Sele Yalaghuli a procédé, avec la Banque mondiale, à la signature d'un accord de 150 millions de USD pour le financement du projet régional d'amélioration des systèmes nationaux et régionaux de surveillance des maladies en Afrique Centrale. Le montant total de ce projet, dont 53,6% reviennent à la RDC, est de 280 millions USD destiné aux cinq pays de la région, à savoir la RDC, le Tchad, la République Centrafricaine, l'Angola et le Congo Brazzaville.

Avec la SFI, la question de l'amélioration de la compétitivité de l'économie congolaise et de sa diversification a été au centre des échanges avec le Vice-président Moyen-Orient et Afrique de cette institution. Une mission de diagnostic du secteur privé est en cours pour évaluer les opportunités et les contraintes pour une croissance tirée par le secteur privé. En attendant la finalisation de la stratégie-pays qui permettra d'identifier le secteur d'intervention afin d'aider la RDC à se diversifier, les recommandations formulées ont porté, principalement sur la transformation des entreprises publiques et l'amélioration du climat des affaires.

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