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Revenu, lundi 8 février, d’Addis-Abeba où il a pris – pour une période d’un an – le marteau de président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’Etat congolais, Félix Tshisekedi, a mis une semaine avant de rendre public le nom du nouveau Premier ministre, en remplacement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba renversé en janvier, avec son gouvernement, par une motion de censure de la nouvelle majorité présidentielle à l’Assemblée nationale.

Après avoir obtenu le poste de directeur de cabinet du président de la République, le Katanga voit encore un autre de ses fils, Sama Lukonde Kyenge, prendre les clés de la Primature, déjouant certains pronostics. Et d’aucuns de considérer le choix du chef de l’Etat comme celui d’«un troisième homme». Et pour cause, les projecteurs étaient braqués au départ sur l’informateur Modeste Bahati Lukwebo et l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi. Le premier aurait pu être récompensé pour avoir mené à bien sa mission consistant à identifier une coalition majoritaire à la chambre basse du Parlement.
391 députés ont, en effet, adhéré à l’Union sacrée voulue par le numéro un congolais. La majorité a donc basculé en faveur du chef de l’Etat, reléguant dans l’opposition le FCC pro-Kabila ou ce qu’il en reste.

Professeur d’université, Bahati est également un fin manœuvrier politique, doté de surcroît d’une solide expérience dans la gestion des affaires de l’Etat. Dans le contexte politique actuel doublé de tensions sociales, il avait quelques arguments à faire valoir. Beaucoup d’acteurs politiques vantent sa méthode et son savoir-faire tout en finesse.

Mais d’après quelques membres du cabinet présidentiel, le principe était qu’il fallait rassurer d’abord le Katanga.

Cette riche province a perdu le pouvoir fin décembre 2018 après l’avoir exercé pendant dix-huit années par le biais de Joseph Kabila, et auparavant, durant presque quatre ans, par son père, Laurent-Désiré Kabila assassiné en 2001. Cette région, qualifiée également de poumon économique du pays, est devenue, ces dernières années, un terreau fertile pour le discours dangereux des séparatistes et des apprentis sécessionnistes. Pour ne rien arranger, l’ancien président Joseph Kabila y a également trouvé refuge depuis plus de deux mois. Il se sentirait beaucoup plus en sécurité parmi les siens qu’à Kinshasa, la capitale congolaise, où les barrières menant vers sa résidence à la Gombe ont été levées.

Les dernières confidences

Selon plusieurs sources crédibles, le président Tshisekedi a pensé qu’il valait mieux choisir le chef du gouvernement – issu de l’Union sacrée – parmi les Katangais les plus en vue. En tête de la liste, c’est bien évidemment le nom du président du Tout Puissant Mazembe qui y figurait.

«L’idée était de proposer à Moïse Katumbi de jouer ce rôle», confie une de nos sources. Le patron d’Ensemble s’est-il montré intéressé par une telle proposition ? «Il était en tout cas bien parti pour accepter », répondent en chœur certains responsables, proches du dossier. Mais Moïse Katumbi aurait changé d’avis, refermant ensuite la porte.

«Il a fait preuve d’orgueil, estimant qu’on ne pouvait pas le rabaisser au niveau de Mboso N’kodia [nouveau président de l’Assemblée nationale] et de Modeste Bahati», regrette un de ces responsables consultés par Enjeux africains.

Pour d’autres observateurs avertis, en déclinant ainsi l’offre de son nouvel allié, l’homme d’affaires katangais a plutôt voulu éviter d’être à son tour comptable du bilan présidentiel, notamment en 2023. Lui qui aimerait tenter sa chance lors de la prochaine présidentielle prévue à la fin de la même année.

Le refus réel ou supposé de Moïse Katumbi a alors rebattu les cartes. D’après son entourage, le Président Tshisekedi a préféré favoriser le renouvellement de la classe politique. Jeune, compétent, sérieux et fils d’un homme politique katangais de renom assassiné, celui qui était jusqu’alors DG de la Gécamines a de ce point de vue coché toutes les cases.

Pour ne rien gâcher, Sama Lukonde Kyenge est aussi originaire du même village que… Katumbi. «Ce dernier n’a cependant pas eu à valider la désignation de son frère du village », insiste-t-on au palais présidentiel.

Ingénieur chimiste de formation, le quadragénaire, élu député à 29 ans en 2006, symbolise l’avenir aux yeux de celui qui l’a nommé Premier ministre. «Sama Lukonde est fidèle à Félix Tshisekedi et ne répondra que devant lui. Personne d’autre ne tirera les ficelles dans son dos en essayant de guider par exemple ses actions », affirme-t-on aussi à la Présidence de la République.

Le nouveau Premier ministre est membre de l’ACO – aile Dany Banza. Ce dernier est actuellement ambassadeur itinérant du chef de l’Etat. Nommé ministre des Sports en 2015, Sama Lukonde avait démissionné au bout de neuf mois, après avoir suivi le mot d’ordre lancé par son parti, opposé alors à un éventuel troisième mandat du président de l’époque, Joseph Kabila. Depuis juin dernier, il est devenu le directeur général de la Gécamines, fleuron de l’industrie minière congolaise.

Econews avec Enjeux africains