www.econews.cd

Le Président Nationale de l'ACAJ, Georges KAPIAMBA

Lubumbashi a connu une ambiance inhabituelle, dimanche dernier, avec l’incursion des miliciens se réclamant de Bakata Katanga qui ont pris d’assaut deux camps militaires (Kimbembe et Kibati). Bilan des attaques : une dizaine de morts de part et d’autre. Dans une lettre au chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, le président d’ACAJ (Action pour l’accès à la Justice), Me Georges Kapiamba, propose des pistes de solution pour venir de la pieuvre qui sème peur et désolation dans le Haut-Katanga.

Proposition pour mettre fin à l’insécurité dans la province du Haut-Katanga

Excellence Monsieur le Président de la République, chef de l’Etat,
L’insécurité qui bat son plein dans la province du Haut-Katanga, en général, et particulièrement dans la ville de Lubumbashi, requiert de votre autorité des mesures idoines et urgentes capables de rétablir la quiétude des populations.
D’après l’enquête que notre organisation a menée sur le terrain, il appert que cette insécurité est la résultante des causes exogènes et endogènes qui érodent au fil des années le professionnalisme et la capacité opérationnelle des forces de défense et de sécurité.

  1. Causes exogènes
  1. La fermeture de la quasi-totalité de carrières minières artisanales a eu pour effets néfastes de jeter dans la rue plupart de jeunes sans leur offrir en contrepartie d’autres perspectives d’emploi. Ce faisant toute cette jeunesse, privée de repères sociaux, s’est ruée dans les centres urbains à la recherche des solutions alternatives de substance. Comme il fallait s’y attendre, cet exode a contribué à l’émergence d’une criminalité urbaine ;
  2. Plusieurs jeunes désœuvrés sont aussi récupérés par certains partis politiques. En effet, à la faveur de l’effervescence politique actuelle, chaque grand parti représenté dans la province du Haut-Katanga a pris soin de se constituer une jeunesse aux allures d’une milice du parti, sans oublier la montée de discours sécessionniste ;
  3. Les mouvements incessants et non contrôlés des policiers et militaires. On peut y épingler ceux qui fuient la guerre qui sévit dans l’Est de notre pays et certains policiers issus du mouvement Ujana qui désertent en abandonnant leurs armes aux civils ;
  4. Une présence nombreuse et inquiétante dans les camps des policiers et militaires sans unités connues, et l’affectation de plusieurs d’entre eux dans des sociétés minières par leurs commandements pour gagner l’argent ;
  5. Les effets pervers de la justice civile et/ou militaire qui s’illustre dans le marchandage des libertés provisoires accordées à des criminels avérés souvent en complicité avec certains magistrats et gardiens de prisons ;
  6. Les mouvements migratoires importants dans l’espace sécuritaire Kasu-mbalesa-Lubumbashi-Likasi, qui conduit à la multiplication des stratégies pour avoir de l’argent quoi qu’il en coûte ;
  7. Les prisonniers libérés notamment de la prison de Buluo, située à Likasi, ne résident pas tous dans cette ville. Une fois libres, la plupart sont incapables de gagner leurs lieux de résidence originelle. Cette situation les contraint à s’agglutiner dans l’espace sécuritaire sus évoqué avec conséquence souvent dommageables pour la sécurité des personnes et de leurs biens ;
  8. De manière récurrente, les jeunes sortis des centres de formation tels l’Ecole des génies et Mura sont abandonnés à eux-mêmes après leur formation. En l’absence d’une prise en charge appropriée, ces jeunes aguerris au maniement des armes n’ont pour perspective que d’en faire malheureusement usage contre leurs concitoyens civils ;
  9. Absence notoire d’un contrôle strict de la sortie des armes et munitions des camps militaires. A ce propos, nos investigations révèlent que les armes jadis distribuées pour permettre au peuple de faire face à l’invasion rwandaise de 1998 n’ont jamais fait l’objet de récupération, et de ce fait contribuent à alimenter l’insécurité.

2. Causes endogènes

  1. La police nationale congolaise enregistre un nombre important d’éléments irréguliers en tenue mais sans matricule ni affectation connue ;
  2. Le refus de plusieurs élément voire des officiers de déférer aux mutations décidées par la hiérarchie ;
  3. La capacité de mobilité réduite du fait de la quasi-inexistence de moyens logistiques conséquents, surtout des véhicules d’intervention. Nous avons néanmoins noté que le gouvernement provincial du Haut-Katanga avait doté la Police nationale d’un certain nombre de véhicules utilitaires ; ce qui est positif. Cependant, il nous a été rapporté que plusieurs de ces véhicules (plus ou moins 80) sont bloqués au garage BLIANCI, faute de paiement des factures consécutives aux travaux d’entretien et/ou de réparation. Inévitablement, cela plombe la mobilité des forces de l’ordre en cas de besoin ;
  4. Les moyens de transport sont gérés par les bourgmestres. En conséquence, en cas de besoin d’interventions les Commissariats sont contraints de faire appel auxdits bourgmestres. Nous avons également constaté que plusieurs communes ne disposent pas de véhicules d’intervention.

3. Propositions

Le tableau ci-dessus décrit nécessite, en guise de solutions, une approche holistique devant impliquer respectivement l’exécutif national et provincial.

En votre qualité de garant du bon fonctionnement des institutions et services publics, nous vous proposons ci-dessous des mesures urgentes de sauvegarde pour faire face au défi de l’insécurité :

  1. Faire identifier les places stratégiques de la ville de Lubumbashi et y installer un système de vidéosurveillance ;
  2. Faire intensifier les patrouilles diurne et nocturne ;
  3. Faire mettre en place un système cohérent de suivi de l’entretien et de réparation des véhicules d’intervention ;
  4. Ordonner épisodiquement des opérations de bouclage dans les milieux notoirement criminogènes en vue de décourager les criminels avérés et potentiels ;
  5. Faire contrôler régulièrement les magasins d’armement, ainsi que des armes et munitions détenues par les éléments de la police et de l’armée ;
  6. Faire mettre à la disposition de la population un numéro vert par lequel il lui serait possible de dénoncer toute entreprise criminelle active ou en gestation ;
  7. Faire octroyer des primes aux éléments de la police et l’armée compte tenu des exigences sécuritaires actuelles dans la province du Haut-Katanga.
    Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, chef de l’Etat, nos hommages les plus déférents.

Pour l’ACAJ,
Me Georges Kapiamba
Président national