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précise le policier, qui se souvient ensuite être resté cinq mois dans la ferme de John Numbi «avant qu’un colonel de la police des mines soit contacté. Monsieur Félicien, qui est aujourd’hui décédé, nous a trouvé des postes en brousse. Luishia, Kambove, Kolwezi… Nous étions toujours en poste en brousse. C’était une manière de nous garder éloigner de tout, comme des otages».

La fuite

Au cœur de l’été 2020, alors que les policiers qui ont participé au double assassinat sont toujours en poste, en toute discrétion depuis 10 ans, un rapport de la Fondation Bill Clinton, relayé par notre site, révèle leurs identités et leurs fonctions au sein des services de sécurité du Katanga. La nouvelle sème le trouble chez les policiers. «Christian Ngoy nous a convoqué chez lui et nous a dit qu’il y avait un problème et que nous avions l’ordre de rejoindre la ferme de John Numbi sur la route Kasenga », se rappelle Hergile Ilunga. Mais le policier sent le piège. «J’ai dit non ! Je savais que si je trahissais ma hiérarchie, on me tuerait. C’est pour cela que j’ai immédiatement décidé de fuir avec Alain Longwa ».

Christian Ngoy en prison

Le 3 septembre 2020, l’histoire s’accélère avec l’arrestation surprise de Christian Ngoy à Lubumbashi. Officiellement, l’officier est interpellé à la suite des violences de l’été dans le Katanga, et notamment l’assassinat de quatre militants UDPS en marge des manifestations contre la désignation du président de la Commission électorale. Christian Ngoy est transféré dans la soirée à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa. Avec l’arrestation de Christian Ngoy et la fuite et le témoignage des deux policiers, Hergile Ilunga et Alain Longwa, toutes les pièces du puzzle sont réunies pour que l’affaire Chebeya soit relancée. D’autant que depuis plusieurs années, un témoin-clé du dossier Chebeya, Paul Mwilambwe, réfugiés en Belgique, demande à être entendu par la justice.

Paul Mwilambwe, témoin oculaire

Le témoignage d’Hergile Ilunga et Alain Longwa apporte un éclairage crucial sur le déroulé du double meurtre de Chebeya et Bazana. Le récit des deux policiers vient surtout valider celui de Paul Mwilambwe, qui a assisté aux assassinats devant les écrans de ses caméras de surveillance. Hergile Ilunga a confirmé à Afrikarabia que Paul Mwilambwe était bien un témoin oculaire et « n’avait jamais été mis au courant » du projet d’élimination du militant des droits de l’homme et de son chauffeur.

«Sous le commandement de Christian Ngoy »

Depuis la Belgique, le major Mwilambwe salue le courage des deux policiers qui ont décidé d’avouer leur participation au double assassinat. « Ces témoignages recoupent ce que je dis depuis longtemps, notamment sur le fait que l’exécution de Bazana et Chebeya s’est bien déroulée dans les locaux de l’Inspection générale et que ces policiers étaient sous commandement de Christian Ngoy ».

Paul Mwilambwe demande la réouverture du dossier pour que Hergile Ilunga, Alain Longwa et bien sûr Christian Ngoy puissent être entendus et corroborer son témoignage. Mais surtout, le témoin-clé de l’affaire Chebeya souhaite avant tout la protection de la communauté internationale pour lui-même, sa famille, mais aussi pour les deux policiers.

«Des intimidations sur nos familles »

Paul Mwilambwe craint toujours pour sa vie et Hergile Ilunga redoute des pressions sur ses proches restés au Katanga. « Après notre disparition, on nous a beaucoup cherché. Il y a des intimidations sur nos familles. Une équipe a même été mise en place pour nous rechercher». D’ailleurs, depuis leur départ, Hergile Ilunga et Alain Longwa n’ont pas eu de nouvelles des autres policiers impliqués dans l’affaire et qui étaient toujours en poste au Katanga.

Se sont-ils rendus à la convocation de John Numbi dans sa ferme de Lubumbashi ? Se sont-ils enfuis ? Sont-ils encore vivants ? Hergile n’a plus aucun contact.

Selon nos informations, les lieutenants Bruno Nyembo Soti et Jacques Mugabo, l’adjudant Ngoy Mulanga (le chef de poste à l’entrée principale de l’Inspection générale de la police le 1er juin 2010), et le brigadier-chef Doudou Ngoy Ilunga se trouveraient toujours dans la ferme de Lubumbashi du général John Numbi. Pour les témoins et acteurs de l’affaire Chebeya, leur sécurité reste leur principale préoccupation. « Tant que Joseph Kabila et John Numbi sont toujours libres au Congo, ma vie est en danger » s’inquiète Paul Mwilambwe.