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Vingt-huit membres de la Société civile, dont une bonne partie se retrouve dans la diaspora congolaise, demandent aux animateurs de l’Union sacrée de la nation et des institutions de la République de «proscrire des charges de l’Etat les acteurs politiques et militaires suspectés être responsables de la situation de prédation et des violations des droits fondamentaux qui ont appauvri et endeuillé le pays». Ils sont d’avis que l’Union sacrée ne peut pas servir de blanchisserie pour tous qui ont participé à la déchéance de l’Etat congolais. Tribune.

Depuis plus de quatre mois, la République démocratique du Congo fonctionne au ralenti sans parlement ni gouvernement opérationnel. Le pays vit au rythme des ruptures d’alliances et consultations diverses pour une recomposition du paysage politique national. Les grands ensembles ou alliances politiques se disloquent en fonction des intérêts personnels des individus qui les composent.

Pendant ce temps, plus de 95% de la population s’enfonce davantage dans la misère indescriptible, une situation sécuritaire dramatique ponctuées des massacres quotidiens. Triste de le rappeler, l’insécurité persistante dans l’Est du pays où des milices nationales fabriquées et des armées étrangères se livrent aux pillages de ressources du pays et aux massacres quotidiens des populations civiles, malgré la présence de la mission de paix onusienne, la Monusco.

Par ailleurs, on assiste dans l’indifférence, à la lutte de positionnement de notre classe politique au sein de la nouvelle majorité parlementaire.

Lors de son allocution du 6 décembre dernier, le Président de la République a mis en évidence le souhait du peuple congolais émis lors des consultations de rompre son alliance, non seulement avec le FCC, mais aussi de proscrire des charges de l’Etat les acteurs politiques et militaires suspectés être responsables de la situation de prédation et des violations des droits fondamentaux qui ont appauvri et endeuillé le pays.

On constate que l’appel du Président Tshisekedi à la constitution d’une union sacrée de la République pour relever les défis structurels et mener des réformes à tous les niveaux, s’est transformé en une transhumance politique.

A ce jour, les critères d’adhésion à cette nouvelle majorité parlementaire, communément appelée «Union Sacrée de la Nation» ne sont pas rendus publics. Force est de constater que des personnalités dont la gestion et les prises de position politiques ont été vivement décriées hier se retrouvent au sein de l’Union Sacrée pour un recyclage et pour s’extirper au devoir de répondre de leurs crimes devant la justice tant nationale qu’internationale.

Faut-il le rappeler, ces mêmes acteurs politiques qui accourent vers l’Union sacrée pour la Nation pour se recycler ont, jusqu’à il y a peu, torpillé l’intérêt général au profit de leurs camps et leaders politiques, et ne pourront jamais travailler pour l’intérêt du peuple.

De ce fait, la cohérence, voire le bon sens, exigerait que les futurs animateurs des institutions de la République soient des personnalités nouvelles, irréprochables et fermement engagées à la tâche de l’édification d’un Etat de droit et le développement futur de la République Démocratique du Congo.

Seules ces exigences rigoureuses pourraient permettre de rompre avec la réalité tragique qui perdure en RDC depuis plus de deux décennies. Cette réalité qui interpelle notre conscience citoyenne ne cesse d’empirer dans les récents mois, entre autres, du fait que l’on observe d’importantes sommes d’argent continuer à être distribuées au sein de la classe politique sous diverses formes de corruption pour des arrangements politiques, alors que les hôpitaux manquent de tout, les salaires des fonctionnaires et autres métiers prioritaires souffrent des moyens de financement.

De même, pendant que la pandémie du Covid-19 fragilise encore plus la population, notamment dans la capitale, sans que des mesures adéquates d’accompagnements et de soutien socio-économiques soient mises en place, alors que les écoles sont fermées, et c’est au contraire des débits de boissons.

S’il nous faut encore le rappeler, la République démocratique du Congo est un pays potentiellement très riche et il est temps de finalement commencer à faire bon usage de ses richesses pour son développement et bien-être de sa population. Cette population aspire à la paix et à la justice sans lesquelles il ne pourra y avoir de bien-être et de progrès social.

C’est conscient de ces pré-conditions de paix et de justice que le peuple congolais s’oppose à ce que les animateurs du prochain gouvernement soient issus des bords politiques qui ont endeuillé le pays et participé au bradage de ressources naturelles.

C’est face au risque qui guette son destin que le peuple congolais refuse que toute personne citée dans les différents rapports des experts tant nationaux qu’internationaux, dont le Rapport Mapping de l’Onu ou sous sanctions de l’Union Européenne et des Etats-Unis, soit directement ou indirectement associé à la gestion du pays.

C’est face au sens élevé du devoir citoyen que nous, signataires de cette tribune, rejoignons un des dignes fils du pays, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018, en réitérant l’arrêt de l’impunité en RDC à travers la création de mécanismes de justice appropriés. Plus particulièrement, la mobilisation de tous/toutes pour une demande formelle au Conseil de Sécurité de l’ONU de la création du Tribunal Pénal International pour le Congo en vue de juger les crimes commis dans ce pays de 1993 à ce jour et de mettre en place les recommandations du Rapport Mapping de l’Onu.

Enfin, l’espoir d’un lendemain meilleur pour le peuple congolais réside dans les choix que nous faisons aujourd’hui. Choisissons les options de la justice, de la paix ainsi que des hommes et des femmes engagées pour une rupture avec les pratiques de la gestion publique du passé et pour une refondation d’une société plus humaine et solidaire.

Econews avec Afrikarabia