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L’année 2020 a mal commencé pour l’économie congolaise. Cette dernière était confrontée au premier semestre, à l’accélération de l’inflation (impliquant la détérioration rapide du pouvoir d’achat de la population) et à la destruction des richesses au regard du recul de l’activité de production. La situation susmentionnée a procédé principalement des dégâts collatéraux de la propagation de la COVID dans le monde. En effet, la demande internationale s’est effondrée sous les effets des mesures de confinement et de repli des pays apparus sous la forme de contraction de l’offre.

S’agissant spécifiquement de la politique budgétaire en RDC, elle a été marquée, au cours de cette période, par la baisse des recettes. Ce qui a contraint l’État, pour la couverture des dépenses non discrétionnaires et contraignantes, à recourir aux quatre premiers mois, au financement monétaire du déficit public.

A partir de fin avril, la politique budgétaire, pour réagir au malaise évoqué ci-haut, a connu un tournant avec la renonciation aux avances de la Banque Centrale, le déficit n’étant couvert que par les appuis budgétaires et les bons du Trésor.

Les effets de cette politique budgétaire prudente, sur le niveau général des prix et sur l’activité, ont été retardés par les mesures d’assouplissement fiscal et monétaire. Prises entre avril et juillet 2020, elles étaient sensées juguler les contrecoups du confinement mais ont produit des effets contraires au plan de l’inflation et de la croissance.

C’est avec la levée de ces mesures d’assouplissement fiscal et monétaire à fin juillet que la politique budgétaire, basée sur la règle de financement monétaire nul du déficit public, a commencé à produire des fruits. Ces derniers ont pris fait et cause dans la restauration de la stabilité du taux de change et du niveau général des prix laquelle constitue un impératif pour la croissance. La reprise de la croissance aux neuf premiers mois sur la base des réalisations de production en projection annuelle est le résultat de cette politique budgétaire prudente. Ainsi, les menaces de récession ont été vaincues et l’économie congolaise reste, sur l’année, dans la trajectoire de l’expansion où elle s’est installée depuis fin 2001.

Hormis la parenthèse d’assouplissement fiscal et monétaire d’avril à juillet 2020, les résultats de cette politique budgétaire auraient été plus importants n’eut été l’amenuisement de la part des dépenses destinées aux investissements publics. Cette situation a empêché notamment le Gouvernement à assurer la prise en charge des fonds de contrepartie dans le cadre des investissements financés sur ressources extérieures.

Introduction

En 2020, la politique budgétaire du Gouvernement congolais a été mise en œuvre dans un environnement international et national délétère. Au plan externe, il est à relever la récession quasi généralisée des économies avancées et émergentes, procédant plus d’un choc d’offre né des mesures de confinement entraînant la fermeture de plusieurs activités. Ce choc est suivi de celui de la demande résultant des reports des consommations non essentielles et des pertes d’emplois se traduisant par la contraction des dépenses et des revenus subséquents.

Cette situation compatible à la stagflation (recul de la production et accélération de l’inflation) et muée en récession du fait des chocs de la demande prévaut principalement au niveau tant des économies avancées qu’éme-rgentes, à l’exception de la Chine où la croissance de l’activité, quoique faible, s’est maintenue.

Au plan interne, les réalisations de production au premier semestre, projetées sur l’année, indiquaient un recul de la production intérieure de 1,7%. Aux neuf premiers mois de 2020, cependant, l’activité connait, sur la base des données de production prolongées sur l’année, une certaine reprise de 0,8 %. De ce fait, l’économie congolaise est sortie de la stagflation/récession observée au premier semestre au prix de la désinflation rapide, d’août à décembre 2020.

Ce résultat favorable fait suite notamment à la mise en œuvre d’une politique budgétaire prudente reposant sur l’observance du financement monétaire nul du déficit public. Cette politique de demande a permis de restaurer, à partir de la mi-juillet, la stabilité du taux de change et du niveau général des prix avec comme impact la préservation de la demande et la sortie de la récession. Il y a lieu, côté offre, d’évoquer, par ailleurs, la mesure non conventionnelle, à partir de septembre, consistant au cantonnement des ouvriers dans les sites de production au niveau du secteur cuprifère. La réponse a été la confirmation de la reprise de l’activité dans ce secteur déterminant dans la formation des richesses en RDC à l’effet d’impulser la croissance.

Sur le front de l’inflation, la hausse du coût de la vie a triplé comparativement en 2019, passant de 4,6% à 15,76 % en 2020. Mais, cette flambée du niveau général des prix occulte l’effort de désinflation rapide réalisée au cours de quatre derniers mois de l’année. En effet, de 12,2% entre janvier et juillet 2020, soit 1,7% en moyenne mensuelle, le cumul d’inflation est passé à 3,2% entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle de 0,64%.

Les pressions inflationnistes observées aux 7 premiers mois de l’année procèdent des effets consécutifs à plusieurs faits : le financement monétaire du déficit public aux quatre premiers mois de l’année, les mesures de confinement, d’isolement de Kinshasa du reste du pays, la fermeture des frontières par certains voisins, la renonciation de la Banque Centrale à la politique des taux d’intérêt réels positifs, entre mars et juillet. Les répercussions de la propagation du COVID-19 peuvent être synthétisées dans les lignes qui suivent.

I.Répercussions de la pandémie COVID sur l’activité

Ces répercussions ont concerné les quatre secteurs comme renseigné ci-dessous auquel s’ajoute le secteur de la santé.

I.1. Secteur réel

Sous l’effet du choc de l’offre lié aux mesures de confinement, l’économie congolaise a été confrontée à la réapparition de la stagflation (reprise de l’inflation sur fond de recul du Pib réel). Ce choc entraînant celui de demande a cristallisé la récession attestée par des réalisations de production au premier semestre 2020 prolongées sur l’année indiquant un taux de variation de l’activité de -1,7%.Les mesures de confinement expliquent pour l’essentiel l’augmentation des faillites et fermetures des entreprises. Ces dernières se sont accompagné des pertes d’emploi lesquelles ont impliqué l’augmentation du taux de chômage et la perte du capital humain.
Par-delà ces effets négatifs, il est à relever de bonnes perspectives en ce qui concerne le recours de plus en plus accru au télétravail avec expansion des technologies au sens large (télécoms, e-commerce, services internet, média et loisirs en ligne....

D’après une étude de la Fédération des Entreprises Congolaises (FEC) menée en mai 2020, sur un échantillon de 100 unités de production enquêtées, 91% ont été affectées par les conséquences de la propagation du COVID-19. Celles-ci vont de l’impossibilité à importer les matières premières, l’incapacité à satisfaire la demande des clients, la suspension des contrats de travail, la non réception des commandes des clients, la hausse des invendus, l’incapacité à honorer les engagements envers les tiers (personnel, fournisseurs, banques, État...), la baisse des ventes, l’arrêt total des activités. Par ailleurs, 65 % des entreprises ont enregistré dans les quatre premiers mois de 2020 une perte évaluée comprise entre 10 et 75% du chiffre d’affaires réalisé en 2019. 14 % reconnaissent que la perte en cause a représenté plus de 75% de leurs chiffres d’affaires. La phase conjoncturelle de récession ne s’est pas poursuivie au regard de la reprise constatée aux neuf premiers mois où les réalisations de production indiquent, en projection annuelle, une croissance du PIB réel de 0,8%.

I.2. Secteur des Finances publiques

Le ralentissement noté en 2020 de la mobilisation des recettes a tenu notamment des contrecoups du COVID. Il découle des mesures d’assouplissement fiscal prises par le Gouvernement, au cours des mois d’avril à juillet, dans un contexte d’expansion des dépenses, pour soutenir les entreprises et les ménages.

Face au caractère quasi incompressible des dépenses non discrétionnaires (salaires, service de la dette, filets de sécurité sociale), l’économie congolaise a été confrontée à une augmentation du déficit public en 2020, soit 991,7milliards de FC contre 592,5 milliards de FC en 2019. Il en est résulté la montée de l’endettement public.

En termes nominaux, le niveau de recettes mobilisées est resté globalement le même, soit 7.019,2 milliards de FC en 2019 et 7.019,9 milliards de FC en 2020. Exprimées en dollars américains courants, les recettes totalisent 6,997 milliards et 7,019 milliards respectivement en 2019 et 2020. En termes nominaux, les dépenses ont totalisé 8.011,7 milliards de FC en 2020 contre 7.611,7 milliards en 2019, d’où une augmentation de 400 milliards de FC. Exprimées en dollars courants, elles sont évaluées à 7,2 et 7,4 milliards respectivement en 2019 et 2020. S’agissant de la composition de la dépense publique, en 2020, les dépenses courantes s’arrogent 97% des dépenses totales contre 3 % pour les dépenses d’investissement.

En 2019, les dépenses courantes représentaient 93% des dépenses totales contre 7% pour les dépenses d’investissement. Ainsi, il s’observe un processus de désinvestissement public en 2020 au détriment d’une expansion des dépenses courantes. Ce qui peut aussi, toutes proportions gardées, expliquer le ralentissement de la croissance en 2020 (0,8%) contre 4,4 % en 2019.

L’analyse de l’exécution des opérations financières du Budget Général du Gouvernement Congolais au cours de l’année 2020 permet de relever deux principales périodes, à savoir : la période de janvier à avril caractérisée par le recours aux avances de la Banque Centrale du Congo ; la période de mai à décembre marquée par la suppression du financement monétaire du déficit public, couvert exclusivement par des moyens non monétaires.

Pour revenir aux mesures d’assouplissement fiscal, elles ont été prises par le Gouvernement au mois d’avril 2020 et ont été levées en août. Elles portaient sur trois domaines, à savoir : la suspension de toutes les missions de contrôle fiscal sur place, de contrôle douanier et de contrôle des recettes non fiscales ; la surséance des actions en recouvrement forcé des obligations fiscales et non fiscales ; la suspension de la perception de la taxe sur la valeur ajoutée sur certains produits de première nécessité, intrants et produits pharmaceutiques, matériels et équipements médicaux.

Ces mesures visaient notamment la maitrise de l’inflation et la protection du pouvoir d’achat de la population à travers la rationalisation des coûts imputés tant aux contrôles qu’à l’application de la taxe sur la valeur ajoutée. Cependant, il est à constater qu’en dépit de ces mesures d’assouplissement fiscale et de l’arrêt du financement monétaire, considéré comme la principale cause de la surchauffe sur les marchés des biens et services et de celui des changes, dès le début du mois de mai, la dépréciation monétaire et la hausse du niveau général des prix se sont accélérées.

Tout laisserait croire que l’augmentation des chiffres d’affaires des entreprises ayant bénéficié deces allègements fiscaux et du moratoire des contrôles a servi à la reconstitution de leurs positions en devises. Ce qui expliquerait, dans ce contexte de financement monétaire nul, les pressions sur les marchés de changes et la dépréciation subséquente de la monnaie nationale impliquant la hausse du niveau général des prix.

I.3. Secteur extérieur

L’activité dans ce secteur a été marquée par la baisse rapide des importations par rapport aux exportations entrainant la hausse de l’excédent commercial. Au niveau du marché des changes, les vibrations relevées ont procédé de l’effet conjugué de la baisse de l’offre des devises à la suite de l’affaiblissement des cours de plusieurs produits exportés et de l’augmentation de la demande des devises. Celle-ci a été d’abord impulsée par le financement monétaire du déficit public aux quatre premiers mois, et ensuite, par l’accroissement des revenus du secteur privé exemptés du prélèvement de la taxe sur la valeur ajoutée, entre avril et juillet 2020.

Ainsi, la monnaie nationale a connu une dépréciation relativement élevée par rapport au billet vert, soit 15,2% en 2020 contre 2,23% en 2019, localisée essentiellement entre janvier et mi-juillet 2020. Cette contre-performance est reflétée par la volatilité accrue de l’évolution du taux de change de la monnaie nationale en 2020 (écart-type de 7,9 points contre 1,5 point en 2019. C’est au niveau des réserves internationales que la situation est de plus préoccupante. De 818 millions d’USD en 2019, soit 4 semaines d’autonomie en termes de couverture des importations, les réserves de change sont passées à 730 millions d’USD en 2020 (2 semaines et deux jours d’autonomie en termes de couverture des importations).

I.4. Secteur monétaire et du crédit

Le rythme de formation des liquidités intérieures s’est accéléré en 2020 avec une expansion de la masse monétaire de 42,5 % contre 29,6% en 2019, justifiant ainsi l’envolée de l’inflation au cours de cette année.

Cette évolution du niveau général des prix a déterminé celle de la dollarisation dont le ratio mesuré à partir du rapport « Dépôts en devises sur M2 avec provision » s’est passé de 76,2% à 79,5%, d’une année à l’autre.

Paradoxalement, l’expansion de la base monétaire a été moins forte en 2020 par rapport à 2019 en raison notamment de l’augmentation des ventes directes et indirectes de devises, via le paiement en devises des résidents. Ces opérations ont davantage réduit le niveau des avoirs extérieurs nets et pesé négativement sur la base monétaire.

Au cours de l’année 2020, il a été observé une pause dans le respect du principe de flexibilité et de positivité de taux d’intérêts réels. Cependant, l’option de conférer un caractère négatif au taux d’intérêt réel, entre avril et juillet 2020, n’a impulsé ni la demande des crédits en monnaie nationale ni celle en devises. Elle s’est plutôt accompagnée de tensions inflationnistes et d’une forte dépréciation de la monnaie nationale au cours de la période susmentionnée. Par ailleurs, avec la perte de l’instrument «taux d’intérêt» devenu réel négatif, le poids de l’ajustement au niveau de la politique monétaire a été supporté notamment par les prélèvements sur les réserves internationales. Le niveau de celles-ci est passé de 980 millions d’USD à fin avril à 803 millions à fin août pour s’établir, au 16 décembre 2020, à 730,21 millions d’USD, soit une baisse de 249,8 millions de dollars américains.

I.5. Situation épidé-miologique du COVID-19 à la date du 18 janvier 2020

Déclarée depuis le 10 mars 2020 en RDC, la pandémie du COVID-19 totalise à ce jour 21.139 cas confirmés de contamination, 639 décès et 14.812 personnes guéries.
L’objectif à court terme du Gouvernement est de généraliser le dépistage de la population. D’ici à la fin de cette année, il entend organiser la campagne de vaccination de la population après une consultation ad hoc des spécialistes sur les choix à porter sur les différents vaccins présentés dans le monde.

II. Réactions et contribution de la politique budgétaire dans la lutte contre l’instabilité économique résultant des dégâts collatéraux de la pandémie

L’exécution du plan de trésorerie du Budget Général s’est clôturée par un déficit de 991,7 milliards de FC résultant des recettes de 7.019,9 milliards de FC et des dépenses de 8.001,7 milliards de FC. Ce déficit a été financé à raison de 690,2 milliards de FC par les appuis budgétaires dont 82% provenaient du FMI. En l’absence de ressources non monétaires suffisantes, le Gouvernement, aux quatre premiers mois de l’année, s’est résolu de couvrir la totalité des dépenses non discrétionnaires par le recours aux avances de la Banque Centrale exclusivement pour un import de 320,5 milliards de FC. Il est à noter que, sur l’exercice, les remboursements des bons du Trésor excédaient les souscriptions de 10 milliards de FC.

Pour rappel, en 2019, l’excédent des dépenses sur les recettes s’est chiffré à 592, 5 milliards de FC et a été couvert à concurrence de 110,7 milliards de FC par les bons du Trésor et 481,8 milliards de FC par les avances de la Banque Centrale du Congo.

II.1. Mise en œuvre stratégique de la politique budgétaire

Comme en 2019, la politique budgétaire, d’une manière générale, a été expansive et discrétionnaire, exception faite de l’adoption de la règle de financement monétaire nul à partir de fin avril. Normalement, la récession classique observée dans les économies avancées se caractérise par le recul de la production intérieure, la baisse de l’emploi et du niveau général des prix.

D’où la focalisation sur des politiques de relance par la demande (politiques budgétaire et monétaire expansives) combinées à des politiques structurelles visant la stimulation de l’offre. Dans le cas des économies en développement, à l’instar de la RDC, il s’observe certes une baisse de la production intérieure sur fonds cependant d’une inflation forte et d’une dépréciation monétaire rapide. Ce qui freine les possibilités d’une reprise de la croissance et de l’emploi. D’où la polarisation sur des politiques budgétaires et monétaires prudentes axées essentiellement sur la lutte contre l’inflation et la dépréciation monétaire.

En effet, la stabilisation préalable des prix intérieurs et du taux de change constitue la force de rappel des déterminants de la croissance et de l’emploi. Les six premiers mois de l’année illustrent à suffisance ce diagnostic au regard de la récession ayant caractérisé cette période sur fonds d’inflation ouverte.

Pour y remédier, la politique budgétaire empreinte de prudence devrait s’axer soit sur la stratégie discrétionnaire en résolvant les problèmes au cas par cas ou sur l’observance de certaines règles d’or. Dans tous les cas, il était entendu que le financement monétaire du déficit public était exclu et que le Gouvernement devrait se résoudre à mobiliser les recettes internes, et en situation de déficit, recourir aux bons du trésor et aux appuis budgétaires. Il s’agissait aussi d’améliorer la composition et la qualité de la dépense publique.

S’agissant de l’arbitrage entre la crise sanitaire et la crise économique résultant des mesures de restriction contre le COVID, sans préjudice de la lutte contre la pandémie, une attention particulière a été portée sur la crise économique. Celle-ci a résulté des dégâts collatéraux du COVID sous forme d’instabilité du taux de change et des prix intérieurs ainsi que de recul de l’activité. C’est ainsi qu’une bonne partie des appuis budgétaires a servi à financer le déficit public pour éviter les travers du financement monétaire.

Il en a découlé la prédominance des dépenses courantes non discrétionnaires (salaires, filets de sécurité sociale en faveur des segments pauvres de la population, dépenses sécuri-taires, sanitaires et humanitaires). Ces dernières ont représenté 97% du total des dépenses contre 3% pour les dépenses d’investissement. Cela a pour conséquence le risque de non prise en charge des projets avec fonds de contrepartie du Gouvernement. En 2019, les proportions étaient respectivement de 93% et 7%.

II.2. Mise en œuvre opérationnelle de la politique budgétaire

Afin d’observer de façon stricte la suppression du financement monétaire, il a été procédé à la cristallisation du déficit de trésorerie cumulé de l’État à 1.925,7 milliards de FC à la clôture définitive de la journée du 30 avril 2020.

A partir de cette date, pour pérenniser la règle de financement monétaire nul, le solde du compte courant de l’État affiche un solde créditeur. Deux cadres respectifs de mise en œuvre opérationnelle de la politique budgétaire ont été convenus à cet effet entre les ministères du Budget et des Finances, d’une part, et la Banque Centrale du Congo, d’autre part, à savoir : Le Dispositif de Gestion sur la Base Caisse (DGC), du 8 mai au 18 août 2020, selon lequel la disponibilité préalable des ressources saines conditionne l’exécution des paiements. Ces ressources sont les suivantes: les recettes mobilisées par les régies financières, les produits des bons du Trésor et des obligations d’état, les ressources budgétaires au titre d’appuis budgétaires ; Le Pacte de Stabilité signé en date du 18 août 2020, entre le Gouvernement et la Banque Centrale du Congo, venait renforcer ce Dispositif et préciser les engagements des uns et des autres pour la consolidation de la stabilité du cadre macroéconomique. Ces engagements insistent sur la renonciation à la monétisation du déficit public, l’ajustement du plan d’engagement budgétaire du Ministère du Budget au Plan de Trésorerie du Ministère des Finances, et l’ajustement de ce dernier au Plan de liquidité de la Banque Centrale du Congo.

Au regard de ce qui précède, le Ministère du Budget limitera les engagements des gestionnaires aux montants retenus dans le plan d’engagement budgétaire et n’exécutera les liquidations qu’en fonction des disponibilités de trésorerie. Quant au Ministère des Finances, il n’exécutera les ordonnancements qu’en fonction du solde créditeur du compte courant du Trésor représentant la trésorerie disponible de ce dernier. Enfin, pour la Banque Centrale, elle se gardera de rendre débiteur le solde du Compte général du Trésor et renverra tous les titres de paiement non couverts par les disponibilités ad hoc.

II.3. Réformes structurelles

Les réformes structurelles, dans le cadre de la transformation à moyen et long terme de l’économie congolaise, mettent un accent particulier sur l’amélioration du rendement du système de collecte des recettes en vue du financement des projets structurants. Elles portent sur la mise en place d’une chaine digitalisée, la généralisation de la surveillance électronique (Tracking), la simplification du système fiscal par la suppression des taxes multiples et redondantes. Il en est de même de la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales ainsi que la rationalisation de la politique en matière des exonérations et des compensations fiscales en statuant sur leur conformité à la Loi, leur opportunité et leur productivité.

III. Résultats de la politique budgétaire

Les résultats peuvent être répartis en deux catégories: les résultats globalement satisfaisants et ceux mitigés.

III.1. Les résultats globalement satisfaisants

Le premier résultat est le maintien de la discipline à travers le respect du financement monétaire nul depuis avril 2020. Cette discipline a déterminé la stabilité du taux de change et des prix intérieurs entre août et décembre 2020. Elle a aussi permis de réduire l’impact négatif sur le taux de change et les prix intérieurs de certains faits décrits ci-haut.

Enfin, il a joué un rôle déterminant dans le respect de l’évolution du Crédit Net sur l’État suivant la programmation convenue avec le FMI. A titre illustratif, le crédit net à l’état est passé de 134,9 milliards de FC à fin avril à 114 milliards de FC à fin novembre 2020.

Le deuxième résultat est la poursuite de la prise en charge régulière de la paie des salaires en cette période affectée par la pandémie du COVID 19. Le troisième résultat est le respect du principe consistant à ne pas recourir aux emprunts extérieurs non concessionnels et à s’en tenir aux plafonds des garanties accordées par la Banque Centrale au titre d’emprunts contractés auprès des banques commerciales.

Le quatrième résultat est le respect de l’engagement en rapport avec le remboursement sans conditions des bons du trésor.

III.2. Les résultats mitigés

Les résultats mitigés concernent l’accentuation du déficit public par rapport à 2019 et partant du solde budgétaire intérieur ainsi que l’effritement des dépenses d’investissement au profit des dépenses courantes. Il importe de relever aussi les difficultés de rencontrer à bonne date, à partir de fin septembre 2020, le service de la dette extérieure.

Enfin, il y a lieu de relever les résultats non satisfaisants des politiques conjoncturelles mises en œuvre entre avril et juillet 2020 en matière de riposte contre les effets négatifs du Covid-19, notamment l’assouplissement fiscal concernant la politique budgétaire pour peser sur le niveau général des prix et l’adoption des taux d’intérêts réels négatifs concernant la politique monétaire pour relever la demande de crédit. Ces politiques se sont traduites par une dépréciation poussée du taux de change et une accélération des prix intérieurs et n’ont pu atteindre les objectifs recherchés.

Considérations finales

La récession classique, propre aux économies avancées, se caractérise par une baisse de la production dans un contexte de baisse du niveau général des prix ou de réduction de l’inflation. La sortie de la récession, dans les économies avancées et à marchés financiers, requiert la mise en œuvre d’une politique budgétaire expansive avec un regard appuyé sur les allocations destinées aux investissements publics.

Le déficit est couvert par les fonds prêtables provenant des marchés financiers. Dans ce cas, le financement du déficit, n’étant pas monétaire, s’accompagne du contrôle de l’inflation.

Actuellement, il est aussi financé par les avances des banques centrales via les achats des titres publics émis en créant de la monnaie. Mais, le lien entre la création monétaire et le niveau général des prix est rompu au profit de la relation entre la création monétaire et la hausse des prix des actifs au regard du rééquilibrage du portefeuille. L’excès de monnaie non désirée par rapport à celui souhaité amène les agents économiques à acquérir d’autres actifs (actions, obligations, immobilier). La récession particulière est celle observée dans les économies en développement et basées sur le système bancaire.

Dans ces économies, la récession se caractérise par une baisse de la production dans un contexte d’accélération de l’inflation en raison du recours au financement monétaire du déficit public impliquant un excès de monnaie et la hausse du niveau général des prix.

Sortir de la récession suppose, dans ce cas, une couverture saine, donc non monétaire du déficit public neutralisant la hausse du niveau général des prix car cette dernière freine l’inflation. Mais sortir de la récession peut aussi passer par le regain de la demande internationale et l’attention particulière à porter sur les investissements structurants.

Le Gouvernement Congolais a mobilisé globalement le même niveau des ressources internes en 2019 et 2020 mais a dépensé plus en 2020 par rapport à 2019. D’où l’accroissement du déficit budgétaire. Si ce dernier n’avait pas été couvert par des moyens non monétaires, principalement les appuis budgétaires à partir du mois de mai 2020 mais par les avances en continu de la Banque Centrale, les conséquences sur le taux de change et les prix intérieurs auraient été graves. Les estimations situent le taux de change à 4.000 FC/le dollar et l’inflation à 30% sur l’année.

L’économie serait certainement engluée dans la récession, la forte inflation inhibant la croissance.
Ministère des Finances (Janvier 2021).

Econews et Min. Fin.