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Avec le changement de l’administration aux Etats-Unis, les Européens qui ne sont parvenus à trouver un compromis avec Donald Trump sur la dette africaine pensent amener le nouveau président américain, Joe Biden, à renforcer leur front. Il s’agit de convaincre la Chine à adhérer à leur jeu dans les négociations autour de la dette africaine. La Chine qui privilégie les négociations bilatérales avec l’Afrique gênerait l’Occident. Est-ce que Pékin cédera à ce chantage ? Tout dépend de l’attitude qu’adoptera le président chinois Xi Jinping.

«Macron et Biden veulent obliger Pékin à jouer collectif sur la dette africaine », titrait Afrique Intelligence dans son feuilleton de la «Diplomatie de la dette». Le site cerne le problème en ces termes : «Le Covid ayant fait exploser la dette publique des pays africains, l’Union européenne et les Etats-Unis veulent forcer Pékin à participer au rééchelonnement collectif qu’ils mènent au sein du G20 du Club de Paris. A ce jour, la Chine privilégie les négociations bilatérales avec ses débiteurs africains, alimentant la rancœur des autres pays créanciers et la confusion au sein des organisations financières internationales».

Pour les Européens, le moment choisi est bien propice. Avec le départ de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, l’Union européenne (UE) trouve que la voie est libre pour embarquer enfin Washington dans son deal. Il s’agit de constituer un front entre Bruxelles et Washington pour contraindre la Chine à adhérer au Club de Paris vis-à-vis du Club de

Paris dans la gestion de la dette africaine.

Pendant les quatre ans de l’administration Trump, l’UE a eu du mal à dégager un compromis autour de cette question. Généralement réticent dans ses rapports multilatéraux, Trump a préféré jouer en solo, mettant en avant les seuls intérêts des Etats-Unis.

Avec Joe Biden que l’UE considère plus flexible que son prédécesseur, Bruxelles attend donc constituer un front commun avec Washington pour jouer serré avec la Chine.

Il y a cependant une inconnue : la réaction du président chinois, Xi Jiping. Avec son grand projet de la «Nouvelle route de la soie », la Chine continue à étendre son influence en Afrique en concluant des partenariats dans divers domaines, notamment dans les investissements en infrastructures dont l’Afrique a cruellement besoin. La République démocratique du Congo a été le 45ème pays à intégrer cet ambitieux projet chinois. Le dernier passage à Kinshasa du chef de la diplomatie chinoise a scellé une nouvelle forme de coopération avec la Chine.

Pour l’Occident, par contre, la « Nouvelle route de la soie » est génératrice de dettes pour l’Afrique. Economiquement affaibli par le Covid-19, l’Occident est à bout de souffle. Il est obnubilé par une crainte de perdre son influence en Afrique au profit de la Chine.

Le président français Emmanuel Macron a trouvé une bonne manière de contourner cette difficulté en s’alliant aux Etats-Unis. Il s’agit en réalité de convaincre la Chine à ne plus jouer en solo lorsqu’il s’agit de la dette africaine. L’Occident veut avoir un mot à dire dans tout ce que la Chine déploie comme activités en Afrique. Pékin acceptera-t-il cette mainmise ? C’est la grande inconnue.

A première vue, ramener la Chine dans le giron du G20 n’est pas acquis à l’avance. Deuxième puissance économique mondiale après les Etats-Unis, la Chine ne va sûrement pas se laisser guider par l’Occident, alors que Pékin lorgne sur les immenses ressources minières de l’Afrique. Qui pis est, au temps fort de la pandémie de Covid-19 en 2020, le G20 n’est pas parvenu à dégager une unanimité autour de la dette africaine. Avec Joe Biden aux commandes des Etats-Unis, l’UE espère inverser la tendance avec un président américain plus conciliant.

Mais, Pékin n’a pas encore dit son dernier mot. Revenir dans le cadre strict de G20 pourrait désorienter les orientations stratégiques de la Chine, voire miner son projet de la «Nouvelle ceinture de la soie».

L’échec du G20 vu par CADTM

Après un premier report décidé en avril 2020, les chefs d’État du G20 se sont mis d’accord le 22 novembre 2020 pour prolonger la suspension du paiement de certaines dettes jusqu’en juin 2021, tout en admettant que l’ampleur de la crise est telle que des mesures allant au-delà de ce moratoire sont nécessaires, mais au cas par cas. Pourtant, il n’est toujours pas question d’annulation.

«L’endettement des pays en développement, qui s’est encore accru en raison du Covid-19, constitue un obstacle permanent dans leur lutte contre la pauvreté. Un report temporaire des paiements pour un nombre limité de pays en développement, comme convenu lors du G20 et du Club de Paris sous l’impulsion de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), ne suffira pas». Cette phrase n’est pas extraite d’un communiqué de la Société civile mais de la note de politique générale de la nouvelle ministre de la Coopération au développement exposée devant les députés le 19 novembre. Ce constat reste malheureusement inchangé vu les orientations prises lors du dernier G20.

Pourtant, il n’est toujours pas question d’annulation des dettes des pays africains. En effet, le G20 privilégie plutôt leur rééchelonnements, c’est-à-dire l’étalement du paiement intégral de ces dettes dans la durée, si le moratoire devait être insuffisant. Ce dont on a déjà la certitude, puisque celui-ci a concerné jusqu’ici à peine 1,68 % des remboursements dus en 2020 par l’ensemble des pays dits en développement», notait en décembre 2020 les analystes de CADTM (Comité pour l’annulation de dette du tiers-monde).

«En prétendant que des réductions ne pourraient avoir lieu qu’à titre exceptionnel, le G20 fait semblant de ne pas voir l’océan de dettes dans lequel les populations du Sud se noient», prédisaient-ils.

Le G20 a annoncé avec fierté la création d’un Cadre commun de traitement de la dette… mais dont les pays débiteurs sont encore les grands perdants. En plus de ne concerner qu’un nombre limité de pays débiteurs (au maximum 73 pays), il prolonge la domination des créanciers. Tout pays demandant un report ou un allègement de sa dette doit conclure au préalable un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) qui impose l’austérité budgétaire depuis presque quarante ans. Puis, il doit faire face seul à un front uni de créanciers. Dans ce cadre, il n’existe aucune chance pour que la voix des populations du Sud soit entendue. En agissant de la sorte, le G20 refuse de reconnaître l’endettement comme un problème structurel auquel il faudrait répondre par des annulations massives de dettes et par une réforme radicale de l’architecture financière internationale qui – selon les propres termes du président de la Banque mondiale - «est biaisée en faveur des pays riches et des pays créanciers».

Une Banque mondiale qui, alors qu’elle appelle les autres créanciers à annuler des dettes, continue, pour sa part, à exiger le remboursement intégral des dettes qui lui sont dues ! La participation des banques multilatérales de développement et du FMI à un allègement de dettes ferait pourtant toute la différence dans un contexte planétaire où les pouvoirs publics devraient pouvoir consacrer un maximum de leurs ressources à la lutte contre les effets de la pandémie.

Soulignons, par exemple, que la République démocratique du Congo consacrait 2,5 fois plus de ses ressources au remboursement de la dette extérieure qu’en dépenses en santé ; que plus de 1,6 milliard d’enfants dans le Sud ont cessé d’aller à l’école à cause de la Covid-19 et que près de 130 millions de personnes pourraient s’ajouter aux 820 millions d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim avant la fin de l’année.

Autre angle mort de cet accord du G20 : l’absence d’obligation pour les créanciers privés (dont les banques et les fonds d’investissements privés) de participer au moindre effort, alors qu’ils détenaient 65 % de la dette extérieure totale du Sud en 2019. Sans contrainte, le secteur privé ne coopère évidemment pas, avec des effets immédiats délétères. Rien qu’entre mai et décembre 2020, les 46 pays qui ont bénéficié du moratoire auront versé 6,94 milliards USD aux créanciers privés en utilisant notamment les nouveaux prêts d’urgence du FMI. Au lieu de combattre la pandémie à Covid-19, ces prêts ont donc servi à renflouer le secteur privé, en même temps qu’ils ont gonflé une dette déjà insoutenable.

Pékin n’est pas prêt à adhérer

La proposition du président français, Emmanuel Macron ne serait-elle pas un piège pour la Chine qui passe, depuis un temps, pour un partenaire gênant à l’Afrique face à un Occident économiquement désarçonné ? En tout cas, le plan que l’UE se propose à négocier avec la nouvelle administration américaine risque d’être préjudiciable autant pour la Chine que pour l’Afrique. La réalité est que l’Occident supporte très mal l’influence grandissante de la Chine en Afrique.

A défaut de contrôler la politique expansionniste de Pékin, l’Occident tient à ce que la Chine investisse en Afrique avec son aval. Tout dépend de ce qu’en dira le président chinois Xi Jinping.

Faustin K.