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«Donald Trump is playing his last trump card as the trumpet sounds his defeat, a trumpet of death». Une partie, la moitié des États-Unis et le monde entier sont contents des résultats de l’élection présidentielle américaine donnant Joe Biden vainqueur pendant que Donald Trump crie à la tricherie et au vol de sa victoire sans apporter la preuve. Cette élection, au-delà de l’enjeu intérieur américain, a un autre enjeu d’ordre mondial car il s’agissait de choisir entre le patriotisme-chauviniste et le mondialisme-multilatéraliste.

Donald Trump aura été un danger pour l’ordre mondial, durement négocié après la deuxième guerre mondiale. Le monde s’est mobilisé à le neutraliser. Pari gagné.

Les États-Unis étant la première puissance militaire et économique du monde, ils ont une énorme responsabilité sur la stabilité de l’ordre institutionnel mondial actuel établi après la deuxième guerre mondiale.

Ainsi, l’enjeu de ces élections était double : interne et externe. Sur le plan interne, il consistait à choisir le leader qui devrait présider aux destinées des États-Unis et des américains pour les quatre prochaines années. En d’autres mots, il s’agit d’un exercice régulier d’accès au pouvoir.

Sur le plan extérieur, l’enjeu était plus important. Il s’agissait d’un choix de vivre ensemble. Les Etats-Unis doivent-ils s’ouvrir aux autres ou se recroqueviller sur eux-mêmes au nom de leurs propres intérêts? Dans un monde globalisé comme celui dans lequel nous vivons où l’ouverture économique a permis de mutualiser les intérêts, de promouvoir la coopération et le dialogue et de réduire les conflits armés, le retour au patriotisme et à la préférence nationale prônée et pratiquée par Trump les quatre années de son pouvoir est un choix qui fait peser deux menaces sur le monde :

A l’égard de l’équilibre de l’ordre politique et économique international

Quand on est président des États-Unis, on ne se préoccupe pas que des affaires des Américains et des intérêts des États-Unis, mais aussi des affaires mondiales, de la stabilité de l’ordre mondial, de la paix et de la sécurité internationale. D’ailleurs l’intérêt des Etats-Unis est intimement lié à la stabilité de l’ordre international du fait de sa position de leader et de principal bénéficiaire de cet ordre. Les Etats-Unis font partie de cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, leur voix est prépondérante au sein de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Ils sont le leader de cet ordre. Les sièges de ces institutions sont sur leur terre et ils ont la responsabilité de faire fonctionner cet ordre.

Cette responsabilité ne consiste pas à quitter ces institutions ou à suspendre ses cotisations chaque fois qu’un problème se pose, mais plutôt à favoriser la recherche d’une position d’équilibre laissant une marge de manœuvre aux autres puissances pour parvenir à la solution. Le leader de l’ordre international ne critique pas publiquement les faiblesses de cet ordre, mais agit en interne pour le corriger. Donald Trump a superbement ignoré cette responsabilité pendant son mandat laissant le monde dans une incertitude troublante. Plusieurs cas peuvent être présentés à titre d’exemple.

Alors que les Etats-Unis avaient des moyens d’influencer l’accord de Paris sur le climat et l’accord sur les armes nucléaires en Iran, à travers des rounds successifs d’évaluation, Trump avait choisi d’y sortir avec fracas faisant fi de toutes les positions des autres Etats et puissances, les ridiculisant publiquement. Il appliqua la même stratégie en mettant fin à l’accord de libre-échange nord-américain tout en établissant les conditions de sa révision. Le cas avec la Chine.

Les institutions multilatérales et régionales jouent un rôle important dans la conduite des affaires mondiales surtout en matière de coordination des initiatives et interventions. Elles sont un cadre de dialogue privilégiant la participation et l’entente permettant à plusieurs acteurs ayant un intérêt quelconque dans une thématique de se concerter. Donald Trump s’était résolu à se passer de ces institutions régionales et multinationales en les déclarant publiquement inefficaces au profit des négociations entre Etats en bilatérale selon son cahier des charges. Cette attitude a été considérée, par toutes les autorités et l’élite mondiales, comme une véritable menace à l’ordre mondial existant, bâti dans la patience, la peine et la sueur.

A l’égard de la paix et la sécurité internationale

La paix et la sécurité internationales sont très liées au respect de l’ordre multilatéral construit depuis 1945. Cet ordre est contre la résolution unilatérale des problèmes globaux et de ceux ayant un impact sur la sécurité et la stabilité des Etats. Cet ordre encourage le dialogue et la concertation entre les Etats dans des espaces bien déterminés. Reconnaissant la souveraineté des Etats, cet ordre ne place pas l’intérêt d’un Etat au-dessus de ceux d’autres et demande à ceux-ci de tenir compte de la stabilité et de la paix mondiale dans la recherche des solutions aux problèmes qui se posent.

En répétant plusieurs fois au sein des organisations multilatérales que l’intérêt des Etats-Unis était sa seule préoccupation et que le moment du patriotisme était venu contre le multilatéralisme, Trump était véritablement une menace pour la paix et la sécurité internationale. La manière dont il négocie en bilatéral, sans laisser des marges de manœuvre aux personnes et Etats en face, a créé des frustrations et des humiliations, faisant naître des sentiments de chauvinisme et de vengeance.

Avec la montée en puissance de la Chine, les conflits économiques et commerciaux qui l’opposent aux Etats-Unis ne peuvent trouver des solutions que dans un cadre multilatéral, promouvant la paix et la sécurité du monde et non la position de puissance ou de suprématie d’un Etat sur un autre.

Avec une Chine communiste et un président américain chauvin d’extrême droite, les ingrédients d’une confrontation entre les deux extrêmes gauche et droite sont mis en place.
Qu’est ce qui arriverait si l’escalade de la guerre commerciale ne finissait pas et atteignait des points ou le seul moyen d’imposer sa volonté serait le recours à la force militaire? L’élite mondiale ne saurait être dans l’incertitude et laissait l’avenir du monde entre deux fous négociant en bilatéral.

Ainsi, pour le reste du monde, il était hors de question que les États-Unis reconduisent le président chauvin d’extrême droite. Si le peuple américain devrait le choisir, l’élite clairvoyante américaine et mondiale aurait la responsabilité et le devoir de corriger le choix du peuple américain, car toute chose a ses limites, y compris la démocratie.

Il y a près de 100 ans, après la première guerre mondiale, un parti d’extrême droite était créé en Allemagne, une des puissances industrielles et militaires de l’époque. Au bout d’une dizaine d’années. Hitler était élu et réélu démocratiquement dans son pays. La crise économique, la fermeture des frontières et le protectionnisme économique, entre autres, l’avaient poussé à embarquer l’Allemagne et le monde entier dans une guerre meurtrière jamais connue par l’humanité…

Avec un président incontrôlable à la Maison Blanche, le monde courait le risque de récréer les conditions d’un cataclysme aux conséquences imprévisibles. Il y avait urgence d’arrêter l’hémorragie en neutralisant l’administration Trump.

Avec l’élection de Joe Biden, c’est l’élite mondiale qui a gagné le pari. Au nom de l’équilibre mondial.

Jean-Claude Muenda K.
Haut-fonctionnaire international (Canada)